Maladie d’Alzheimer et dépression : des liens fréquents ?

Article rédigé par Olivier de Ladoucette, Président de la Fondation,

 

La dépression marque-t-elle l’entrée dans une maladie d’Alzheimer ou les deux affections sont elles indépendantes ? Bonne question !

Des liens … statistiques !

Ce qu’en disent les chiffres : d’un côté, la maladie d’Alzheimer qui est la plus fréquente des démences, affecte environ un million de Français (15 % des plus de 80 ans). Et d’un autre côté, la dépression qui est l’une des maladies psychiques les plus répandues, touche près de 9 millions de personnes, lesquelles ont vécu ou vivront une dépression au cours de leur vie (les seniors n’étant pas épargnés). Il n’y a rien d’étonnant à ce que certaines personnes soient touchées par ces deux affections à la fois !
La question à se poser : avoir une maladie d’Alzheimer augmente-t-il le risque de déclarer une dépression et inversement ? Statistiquement, près de 50 % des malades d’Alzheimer, souffriront tôt ou tard de dépression. Il existe donc bien un lien entre les deux affections. Plusieurs hypothèses sont envisagées pour l’expliquer. L’atrophie de zones du cerveau qui jouent un rôle dans la régulation de l’humeur et le stress auquel sont soumis les patients confrontés à la perte de leurs capacités, en est une. La sécrétion de cortisol qui accompagne le stress chronique et qui s’avère délétère pour les structures cérébrales, en est une autre. Pour autant, il n’est pas encore possible de dire à l’heure actuelle si la dépression a pu déclencher à elle seule une maladie d’Alzheimer, ou si elle n’en est qu’un signe annonciateur.
 

Une distinction essentielle !

Dépression, maladie d’Alzheimer : pourquoi faire le distinguo ? Comme il existe des traitements très efficaces de la dépression et que les seniors sont plutôt bons répondeurs, le plus gros risque est de prendre une dépression pour une démence isolée et ainsi priver la personne concernée d’une possible guérison. Il est d’ailleurs probable que plusieurs milliers de personnes âgées soient considérées comme démentes dans notre pays, alors qu’elles présentent une dépression majeure qui pourrait être soignée. Il y a donc urgence à mieux repérer ces dépressions et à les traiter. Par ailleurs, même si la dépression annonce l’entrée dans une maladie dégénérative comme la maladie d’Alzheimer, l’expérience montre que les antidépresseurs apportent une amélioration transitoire non négligeable.
La question à se poser : comment faire la différence entre dépression et maladie d’Alzheimer isolée ? Les psychiatres s’intéressent aux antécédents personnels et familiaux de la personne concernée pour se forger une opinion : s’agit-il d’un premier épisode de dépression dans sa vie ou pas ? Survient-il dans un contexte particulier (deuil, maladie grave …) ou non ? Et même s’il est délicat de se prononcer au début car les tests de mémoire par exemple, peuvent être perturbés dans les deux situations, le suivi dans le temps permet de porter le bon diagnostic et de prendre les nouvelles mesures thérapeutiques qui s’imposent. Seule certitude : dépression ou maladie d’Alzheimer, les tranquillisants et les somnifères sont à proscrire car ils augmentent encore plus les troubles de la mémoire et les risques de confusion.
 

La dépression aggrave les troubles de la maladie d’Alzheimer

Afin d’en savoir plus sur l’impact d’une dépression chez un malade d’Alzheimer, une étude franco américaine a été menée : plus de 500 malades suivis pendant 5,5 ans ont ainsi été évalués tous les 6 mois sur leurs aptitudes cognitives et fonctionnelles et les résultats sont sans appel : lorsque dépression il y a, cette affection est bien associée à une accélération du déclin cognitif. Autrement dit, le fonctionnement de l’individu dans l’exécution des tâches de la vie quotidiennes est altéré : un résultat qui met au jour l’importance d’une reconnaissance aussi précoce que possible de la dépression et surtout, la mise en route de son traitement chez des malades souffrant d’Alzheimer, pour retarder le déclin cognitif et l’entrée dans la dépendance.
 

Sources :

  • Santé-gouv.fr
  • Journal of Alzheimer’s Disease, 19 mars 2013.
 
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