Comment doser son aide ?

18 janvier 2021

Trop de zèle tue le zèle ! Avec la bonne intention de se mettre en quatre pour soulager un malade Alzheimer, l’aidant peut avoir tendance à faire à sa place, au lieu de moduler son intervention en fonction des capacités subsistantes. Quelques conseils pour un accompagnement soucieux de préserver au mieux l’autonomie.

Ce matin, pour la première fois, votre père souffrant d’Alzheimer ne s’est pas habillé tout seul. Il est 11h passées et vous le trouvez encore en pyjama. Comment réagir ? Spontanément, vous seriez peut-être tenté de lui mettre vous-même ses vêtements, interprétant avec fatalisme cet oubli comme une nouvelle incapacité due aux progrès de la maladie. Mais rassurez-vous : ce n’est pas parce qu’un malade Alzheimer cesse de faire une tâche habituelle de lui-même qu’il ne sait déjà plus l’accomplir. Bien souvent, ses facultés sont plus importantes que ne le laisse supposer son aspect extérieur, et un léger coup de pouce suffit à lui faire retrouver ses vieux réflexes ! Il ne s’agit donc pas de se substituer directement à lui en faisant à sa place, mais de l’accompagner en utilisant au maximum les capacités qu’il possède encore.

Suivant le degré de perte d’autonomie de votre proche, cet accompagnement peut revêtir quatre formes, de plus en plus interventionnistes :

La stimulation verbale : Il est récent que votre père arrête de s’habiller de lui-même ? Sans doute est-ce seulement qu’il n’est plus capable d’en avoir l’initiative. Dans ce cas, il suffit de le lui rappeler (« Allez papa, c’est l’heure de s’habiller »), quitte à préciser dans l’ordre les vêtements à mettre (« Enfile ton caleçon. Maintenant, c’est au tour de ton pantalon etc. »), et il le fera intégralement seul, sans que vous ayez à lever le petit doigt.

La démonstration : Si ces simples rappels verbaux ne suffisent pas (ou plus), vous pouvez lui montrer l’exemple en reproduisant, à l’aide de gestes, l’activité que vous souhaitez qu’il fasse. Mimez le fait d’enfiler une chemise ou de boucler une ceinture, par exemple. Guidé par ces indications, votre père se souviendra comment se servir des différents vêtements préparés et se retrouvera habillé de la tête aux pieds sans avoir davantage besoin de vous physiquement.

L’assistance physique a minima : Le jour où ces indications gestuelles cessent de déclencher le déroulement de l’activité, prêtez main forte à votre père, mais en partie seulement. L’aide physique ne doit concerner que les gestes qu’il peine à faire. Par exemple, vous pouvez lui mettre uniquement les vêtements les plus compliqués ou commencer à lui enfiler sa chemise pour lui donner l’impulsion de départ en lui laissant la boutonner.

L’assistance physique complète : Votre aide physique se renforce à mesure que son degré d’autonomie se réduit, jusqu’au jour où il ne parvient plus à participer du tout à l’activité, malgré vos sollicitations. C’est le signe que votre père est devenu totalement dépendant, au moins pour cette tâche. L’ultime recours est alors de l’habiller vous-même d’un bout à l’autre.

À travers cet exemple du vêtement, vous aurez compris qu’il s’agit de laisser faire au maximum votre proche, en limitant votre aide au strict nécessaire. Cette attitude de retrait exige au quotidien bien de la patience, car vous iriez souvent plus vite en agissant à sa place, mais cette perte de temps est compensée par un inestimable gain d’estime de soi chez votre proche : alors que vous l’auriez placé en situation d’échec en prenant les choses en main, vous lui démontrez qu’il est encore capable de mener à bien telle activité. La satisfaction qui en découle est cruciale pour le maintien de son autonomie !

 

Dr Olivier de Ladoucette

Psychiatre et gérontologue

Président de la Fondation Recherche Alzheimer