Alzheimer et trisomie 21 en 7 questions

6 juillet 2021

 

Un lien étroit unit ces deux syndromes, au point qu’une personne porteuse de trisomie 21 a au moins vingt fois plus de risques qu’une autre de développer une maladie Alzheimer au seuil de la vieillesse. Explications auprès d’une spécialiste du sujet, le Dr Marie-Claude Potier, directeur de recherche au CNRS.

Aujourd’hui, grâce aux progrès de la médecine, les personnes porteuses de trisomie 21 vivent en moyenne au-delà de 50 ans. Ce prodigieux allongement de leur espérance de vie permet de les côtoyer au seuil de la vieillesse et ainsi de se rendre compte des méfaits de la maladie d’Alzheimer parmi elles. Pourquoi cette pathologie les menace-t-elle plus que les autres ? Démarre-t-elle plus tôt ? Existe-t-il des moyens de les protéger contre elle ? Le Dr Marie-Claude Potier répond à nos questions.

 

  1. Les personnes porteuses de trisomie 21 sont-elles plus touchées par la maladie Alzheimer ?

Bien plus ! Les dernières études européennes et américaines montrent que 77% des personnes porteuses de trisomie 21 entre 60 et 69 ans connaissent un déclin cognitif. La maladie d’Alzheimer concerne donc une forte majorité d’entre elles, alors qu’elle ne touche qu’une faible minorité de la population âgée générale (2 à 4% des personnes au-delà de 65 ans en France, par exemple).

 

  1. Comment expliquer que le risque de maladie d’Alzheimer soit si élevé au sein de cette population ?

Il est intrinsèquement lié à l’anomalie génétique à l’origine de la trisomie 21 : la présence d’un chromosome 21 supplémentaire. Les personnes porteuses de trisomie 21 en possèdent trois au lieu de deux. Il y a donc une surexpression des gènes situés sur ce chromosome 21, dont le fameux gène APP qui code le précurseur des peptides amyloïdes, eux-mêmes responsables des lésions spécifiques de… la maladie d’Alzheimer !

D’autres gènes du chromosome 21 sont aussi impliqués, notamment un gène régulant certains lipides jouant un rôle dans la production de peptides amyloïdes.

 

  1. Vers quel âge la maladie d’Alzheimer touche-t-elle les personnes porteuses de trisomie 21 ?

Bien plus tôt que les autres ! Les personnes porteuses de trisomie 21 ont des signes neuropathologiques de la maladie d’Alzheimer dès 40 ans avant même l’arrivée du déclin cognitif.

 

  1. Quand s’est-on rendu compte du rapport entre les deux ?

En 1948, quarante-deux ans après la découverte d’Aloïs Alzheimer, le neuropathologiste G. A. Jervis a décrit trois patients porteurs de trisomie 21 atteints de déclin cognitif et présentant les caractéristiques neuropathologiques de la maladie d’Alzheimer. L’allongement récent de l’espérance de vie des personnes porteuses de trisomie 21 n’a fait qu’accroître l’évidence de ce rapport entre les deux pathologies.

 

  1. Comment pourrait-on prévenir la maladie d’Alzheimer chez les personnes porteuses de trisomie 21 ?

La composante amyloïde étant prépondérante, et ce de manière précoce, les traitements anti-amyloïdes pourraient être démarrés tôt, peut-être même avant l’apparition des dégénérescences neurofibrillaires, l’autre marqueur de la maladie d’Alzheimer. D’autres thérapies réduisant le stress oxydant, la surexpression de gènes du chromosome 21 importants dans la physiopathologie de la maladie d’Alzheimer donnent aussi quelques espoirs. Les personnes porteuses de trisomie 21, passé un certain âge, pourront être testés en suivant les batteries de tests adaptées à la trisomie 21. Les nouveaux marqueurs plasmatiques de neurodégénérescence ont montré leur utilité afin de connaître le stade éventuel d’entrée dans la maladie d’Alzheimer.

 

  1. Quelles sont les principales pistes de recherche actuelles à ce sujet ?

Des essais cliniques de traitement anti-amyloïde et de vaccination sont en cours. L’association à des inhibiteurs plus spécifiques de gènes du chromosome 21 serait justifiée. Des projets s’élaborent également autour de l’APOE, protéine codée par un gène qui existe dans la population générale sous trois formes : E2 (la plus rare, mais potentiellement protectrice à l’égard de la maladie d’Alzheimer), E3 (la plus fréquente) et E4 (une personne qui porte cette forme a plus de risque de développer la maladie d’Alzheimer). Pour réduire ce risque, de nouvelles thérapies cherchent à diminuer l’APOE ou à remplacer l’APOE4 par l’APOE3 ou 2.

 

  1. En quoi le cas des personnes trisomiques 21 peut contribuer à faire avancer la recherche sur la maladie d’Alzheimer en général ?

Le fait que les personnes porteuses de trisomie 21 soient à risque pour la maladie d’Alzheimer en fait une population importante pour comprendre les stades précoces de cette pathologie, trouver de nouveaux biomarqueurs et administrer des traitements de manière précoce. Elles ont d’ores et déjà permis de confirmer le rôle des peptides amyloïdes.