Pourquoi le tabac et l’alcool sont les ennemis de votre cerveau ?

10 mars 2022

A quelques jours du démarrage de la Semaine du Cerveau et à l’occasion de la sortie de l’édition 2022 de notre Guide de la Santé du Cerveau, voici un éclairage particulier sur deux ennemis particulièrement nocifs.

Les études concordent en effet sur ce point : les fumeurs et buveurs réguliers sont environ deux fois plus exposés que les autres au risque de démence*. Il n’est jamais trop tard pour déclarer la guerre à ces mauvaises habitudes !

La maladie d’Alzheimer n’est pas une fatalité ! Bien sûr, certaines personnes sont génétiquement plus prédisposées que d’autres à la développer, mais cette probabilité augmente ou diminue statistiquement en fonction de facteurs de risque clairement identifiés. Parmi ceux-ci, certains sont inéluctables (âge, sexe, diabète…), mais, bonne nouvelle, de nombreux autres concernent des pratiques sur lesquelles il est possible d’agir : faibles interactions sociales, mauvaise alimentation, absence de sport, alcool, tabac… 40% des cas de dépendance liés à des déficits cognitifs dans le monde dépendraient de ces habitudes de vie modifiables, insiste le Docteur Olivier de Ladoucette, psychiatre et gériatre. Autant de marge de manœuvre laissée à chacun pour prévenir la maladie d’Alzheimer…

Arrêtons-nous plus particulièrement sur deux de ces facteurs de risque modifiables : le tabac et l’alcool. Pour comprendre pourquoi ils sont particulièrement dangereux pour notre santé cognitive, trois questions se posent à nous.

  • L’alcool et le tabac augmentent-il significativement le risque de démence ?

Oui, très significativement ! Le risque de développer une maladie d’Alzheimer est 40% plus élevé chez les gros fumeurs (plus d’un paquet de cigarettes par jour) et 50% chez les gros buveurs (plus de quatre verres de vin par jour).

Le chiffre cité pour le tabagisme est tiré du récent compte-rendu de 37 études. Il est plus bas que de nombreuses analyses menées auparavant. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, 14% des cas de démences sont attribuables au tabagisme, ce qui en ferait le troisième plus dangereux facteur de risque modifiable de démence (The Lancet, 2019).

Le pourcentage retenu pour l’alcool provient d’une étude de l’Inserm publiée en 2018 dans The Lancet Public Health. Pour l’obtenir, les chercheurs se sont servi du Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information, où sont enregistrées toutes les causes d’hospitalisation. Ils se sont concentrés sur les années 2008-2013. Au cours de cette période, 1,3 million de patients souffrant de démences ont été accueillies, dont 950 000 gros buveurs. En retirant à ce nombre les troubles cognitifs attribuables à une pathologie clairement identifiée, les chercheurs se sont rendu compte que 57% des démences précoces pouvaient être associées à une consommation excessive d’alcool. D’après leurs analyses, ces mauvaises habitudes tripleraient donc le risque de démence et doubleraient le risque de maladie d’Alzheimer.

  • En quoi fumer ou boire fragilise le cerveau ?

Plusieurs causes éclairent le rapport entre une consommation excessive de tabac et la probabilité de développer une démence. La plus communément admise est étroitement liée aux facteurs de risque vasculaires : en augmentant l’homocystéine dans le plasma total, le tabagisme favorise la survenue d’une maladie cardio-vasculaire et d’accident vasculaire-cérébral, eux-mêmes susceptibles de précipiter la survenue de la maladie d’Alzheimer ou d’accélérer sa progression. Autre méfait du tabac : en accroissant l’athérosclérose, il provoque un rétrécissement des vaisseaux sanguins dans le cœur et dans le cerveau, ce qui gêne dangereusement l’oxygénation et l’alimentation de ce dernier. Enfin, le fait de fumer engendre un stress oxydatif, qui entraîne la mort des neurones, ainsi qu’une réaction inflammatoire associée à une neuropathologie comme la maladie d’Alzheimer.

Les mécanismes biologiques qui expliquent comment l’abus d’alcool endommage le cerveau restent un peu plus flous. Les chercheurs ont besoin d’encore de temps pour explorer précisément les nombreuses pistes. Parmi les certitudes déjà dégagées, on sait par exemple que dans le cas du syndrome de Korsakoff, maladie proche d’Alzheimer qui touche surtout les alcooliques chroniques, les lésions cérébrales responsables des troubles neurologiques sont dues à une forte carence en vitamine B1.

Une consommation modérée le protège-t-elle au contraire ?

Les fumeurs en quête de bonnes excuses pour ne pas arrêter objecteront peut-être que la nicotine stimule le cerveau, ce qui le protège de la maladie d’Alzheimer. C’est à la fois vrai et…faux ! Cet effet bénéfique de la nicotine est réel quand on se met à la cigarette, mais plus on fume, plus les récepteurs nicotiniques se mettent au repos, ce qui nécessite donc d’augmenter de plus en plus la consommation pour arriver à ce résultat. Mieux vaut ne pas mettre le doigt dans cet engrenage !

C’est avec les mêmes pincettes qu’il faut prendre les études avançant qu’une consommation légère (entre 1 et 2 verres de vin par jour) semble diminuer le risque de démence. Les auteurs de ces recherches eux-mêmes recommandent de considérer ces conclusions avec prudence, car les zones d’ombre sont encore importantes. Serait-ce vrai pour tous types d’alcool ou seulement pour le vin ? Quels seraient les mécanismes biologiques en jeu ? Plusieurs pistes sont évoquées (réduction des facteurs de risque cardio-vasculaires, altération du profil lipidique, inhibition de l’agrégation plaquettaire…), mais aucune n’est validée à ce jour. La diminution du risque de démence observée est-elle vraiment due au niveau de consommation d’alcool ou à d’autres facteurs partagés par la population étudiée : alimentation variée, sociabilité développée, une activité intellectuelle nourrie… ? Tant que des études plus solides, tenant compte de ces éléments, ne confirmeront pas les résultats, il serait très hasardeux d’inciter à une consommation d’alcool pour prévenir d’éventuels troubles cognitifs.

 

*Démence : déclin des aptitudes mentales conduisant à une perte d’autonomie. Les pertes de mémoire en sont un exemple. La maladie d’Alzheimer est la forme la plus commune de démence (environ 80% des cas).