« Alzheimer infantile » : ça existe vraiment ?

23 mai 2022

On entend parfois utiliser l’expression « Alzheimer infantile » pour désigner la maladie de Sanfilippo ou la maladie de Niemann-Pick. Certains articles de la presse généraliste nomment ainsi ces maladies rares qui touchent de façon précoce des enfants.

Il s’agit en réalité de maladies génétiques rares générant des troubles du développement psychomoteur qui n’ont rien de commun avec la maladie d’Alzheimer. Cette expression est destinée à frapper les esprits mais ne reflète pas la réalité scientifique. Qu’en est-il ?

La maladie d’Alzheimer est une maladie bien identifiée, neurodégénérative, elle survient chez des sujets âgés, exceptionnellement des adultes plus jeunes, mais après un développement normal. La destruction neuronale s’accompagne de l’accumulation anormale de protéines dans le cerveau – peptide béta-amyloïde et protéine Tau.  La maladie d’Alzheimer est fréquente : elle concerne près d’un million de patients en France et son incidence augmente avec l’âge.

La maladie d’Alzheimer est très exceptionnellement génétique (1% des cas environ) et alors liée à des mutations autosomiques dominantes. Si un parent porteur de la mutation est malade, il transmettra le gène muté et la maladie à un enfant sur deux.

La maladie de Sanfilippo ainsi que la maladie de Niemann-Pick sont des maladies liées à des déficits en enzymes lysosomiales. Les lysosomes sont de petits sacs à l’intérieur des cellules qui renferment des enzymes destinées à couper – lyser (d’où leur nom) – certaines déchets, lipides ou sucres, résultants du fonctionnement de la cellule. Le défaut d’un enzyme conduit à l’accumulation de ce déchet qui n’est pas détruit. On les désigne sous le nom de maladies de surcharge (ou parfois « thésaurismoses »). Elles affectent l’ensemble des cellules de l’organisme (notamment le foie). Elles surviennent chez des enfants dont elles perturbent le développement psychomoteur.

Elles sont fort heureusement extrêmement rares. Elles sont toujours d’origine génétique et sont autosomiques récessives. Il faut deux parents porteurs de la mutation et leurs enfants ont un risque de 25% d’être malade, et un risque de 50% de porter un gène muté, sans être malade. La substance anormalement accumulée est un lipide dans le cas de la maladie de Niemann-Pick et un sucre (mucopolysaccharide) dans le cas de la maladie de Sanfilippo (MSF).

 Un premier essai de thérapie génique chez 4 enfants atteints du syndrome de Sanfilippo a donné un résultat encourageant (Deiva K, Ausseil J, de Bournonville S, et al. Intracerebral Gene Therapy in Four Children with Sanfilippo B Syndrome: 5.5-Year Follow-Up Results. Hum Gene Ther. 2021;32(19-20):1251-1259. doi:10.1089/hum.2021.135)

Comparatif récapitulatif MA / MSF

 

Maladie d’Alzheimer

Maladie de Sanfilippo

Population concernée et fréquence

Adulte âgé, environ 1 000 000 de cas en France.

Enfant, entre 0,6 et 1,2 cas pour 100 000 naissances.

Type de maladie

Neurodégénérative, dépôts anormaux dans le cerveau de protéines anormalement conformées :  plaques amyloïdes et amas de protéine tau, perte de neurones.

Maladie de surcharge, accumulation dans les cellules de l’organisme de sucres non « digérés » par la cellule.

Cause génétique

Non dans la plupart des cas, exceptionnellement génétique et alors autosomique dominante.

Toujours génétique, autosomique récessive.

Mécanisme

Encore mal connu.

Défaut d’un enzyme normalement présent dans les lysosomes.