Etude falsifiée : pourquoi il ne faut pas remettre en cause toute la recherche sur Alzheimer

26 juillet 2022

Un article paru dans la revue Science a révélé que les données d’une des études sur la maladie d’Alzheimer (MA) régulièrement citée, produite par des chercheurs de l’Université du Minnesota en 2006, montraient des signes de falsification.

Cette accusation est certes grave et remet en cause les travaux du chercheur qui serait l’auteur de cette fraude, mais cela ne remet en cause ni « 15 ans de recherche » comme on peut le lire dans certains écrits excessifs, ni l’ensemble de la communauté scientifique dont l’intégrité n’est pas à questionner.

Que remet en cause cette suspicion de fraude ?

Cette suspicion jette un doute sur des publications qui prétendaient démontrer que la maladie d’Alzheimer était due à un oligomère β-amyloïde particulier (Aβ*56).
Ce n’est donc pas l’ensemble de l’hypothèse amyloïde qui est remis en question mais une hypothèse annexe, sur l’un des oligomères de cette protéine.

Pourquoi cela ne remet pas en cause les 15 dernières années de recherche ?

L’impact scientifique de cet article est resté marginal. Si l’article incriminé était souvent cité dans d’autres recherches ultérieures, c’est pour l’hypothèse explorée et non ses résultats concernant l’oligomère Aβ*56, qu’aucune autre équipe n’a pu reproduire. Ce sont d’autres arguments qui ont poussé à poursuivre les recherches sur la pathologie amyloïde.

Pourquoi c’est important de continuer à soutenir la recherche ?

Bien que 1 million de malades soient atteints en France, la recherche sur Alzheimer est sous-financée, particulièrement dans notre pays. Il est important d’augmenter les financements si on veut accélérer les découvertes pour aboutir dans les prochaines années à un diagnostic précoce fiable et simple et des traitements efficaces.
La maladie d’Alzheimer s’installe sur de longues années, elle est complexe et plusieurs mécanismes sont probablement en cause. L’hypothèse amyloïde en est un, à côté d’autres comme la pathologie Tau, la neuroinflammation ou la contribution des atteintes vasculaires.
Donnons à la recherche les moyens d’explorer toutes ces hypothèses.

Dr Rémy Genthon, directeur scientifique adjoint Fondation Recherche Alzheimer