La recherche sur la maladie d’Alzheimer connaît une accélération majeure depuis quelques années. Pour la première fois, des traitements capables de ralentir l’évolution de la maladie ont été approuvés par plusieurs autorités sanitaires internationales. En parallèle, les progrès des biomarqueurs sanguins ouvrent la voie à un diagnostic plus précoce et moins invasif.

Voici un point complet sur les avancées scientifiques récentes, leurs limites et les perspectives pour les patients et les familles.

Une avancée historique : des traitements qui ralentissent Alzheimer

Pendant longtemps, les traitements contre la maladie d’Alzheimer n’agissaient que sur certains symptômes, sans modifier réellement l’évolution de la maladie. Cette situation a commencé à changer avec l’arrivée de nouvelles immunothérapies ciblant les plaques amyloïdes.

Les médicaments lecanemab et donanemab ont obtenu une autorisation aux États-Unis respectivement en 2023 et 2024. Leur objectif : ralentir la progression de la maladie chez des patients diagnostiqués à un stade précoce.

Les essais cliniques montrent une réduction d’environ 30 % de la vitesse de déclin cognitif sur 18 mois. Même si cet effet reste modéré, il constitue une étape importante : pour la première fois, des traitements agissent sur les mécanismes biologiques de la maladie et non uniquement sur les symptômes.

 

Comment fonctionnent les nouveaux traitements anti-amyloïde ?

Les noms de ces médicaments se terminent par “mab”, ce qui signifie qu’il s’agit d’anticorps monoclonaux.

Ils ciblent les plaques amyloïdes, des dépôts anormaux qui s’accumulent dans le cerveau des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Ces plaques sont considérées comme l’un des principaux mécanismes impliqués dans la destruction progressive des neurones.

La théorie dominante, appelée hypothèse de la cascade amyloïde, suggère que ces dépôts déclenchent ensuite d’autres phénomènes pathologiques, notamment :

  • les dégénérescences neurofibrillaires liées à la protéine tau ;
  • l’inflammation cérébrale ;
  • des dysfonctionnements neuronaux progressifs.

Les anticorps monoclonaux permettent au système immunitaire d’identifier et d’éliminer ces dépôts amyloïdes.

 

Pourquoi ces traitements suscitent-ils encore des débats ?

Malgré ces résultats encourageants, plusieurs limites importantes demeurent.

  • Une efficacité encore partielle
  • Les bénéfices observés restent relativement modestes. Les traitements ralentissent l’évolution de la maladie, mais ne permettent ni de guérir Alzheimer ni de restaurer les fonctions perdues.
  • Par ailleurs, les études disponibles couvrent seulement environ 18 mois de suivi, ce qui reste court pour une maladie qui évolue sur plusieurs décennies.
  • Des risques à surveiller. Ces médicaments peuvent provoquer des complications cérébrales, notamment :
  • Des œdèmes cérébraux ;
  • Des micro-saignements intracérébraux.

Les risques semblent toutefois mieux contrôlés lorsque certaines contre-indications sont respectées, notamment chez les patients sous anticoagulants ou présentant une fragilité vasculaire détectée à l’IRM.

Pourquoi ces traitements ne sont-ils pas disponibles en France ?

Bien que l’Agence européenne du médicament ait validé ces traitements en 2025, ils ne sont pas encore accessibles en pratique clinique en France faute d’autorisation de la Haute Autorité de Santé (HAS).

Cette décision repose principalement sur l’évaluation du rapport bénéfice-risque et probablement aussi sur des considérations économiques, les traitements étant coûteux et nécessitant un suivi spécialisé important.

 

Les chercheurs explorent déjà de nouvelles pistes

La recherche sur Alzheimer ne se limite plus uniquement aux plaques amyloïdes.

  • Cibler la protéine Tau

Les scientifiques travaillent désormais sur des traitements dirigés contre la protéine tau, impliquée dans les dégénérescences neurofibrillaires. Ces lésions étant situées à l’intérieur des neurones, elles sont plus difficiles à atteindre thérapeutiquement.

  • Agir sur l’inflammation cérébrale
  • Une autre piste prometteuse concerne les cellules gliales, qui jouent un rôle majeur dans l’inflammation et l’environnement des neurones.
  • Améliorer les anticorps monoclonaux. Les laboratoires cherchent également à rendre les traitements anti-amyloïde plus efficaces et mieux tolérés grâce à de nouvelles technologies permettant une meilleure pénétration dans le cerveau avec des doses plus faibles.

 

Un progrès majeur : le diagnostic par prise de sang

L’un des changements les plus importants concerne le diagnostic de la maladie d’Alzheimer. Jusqu’à récemment, confirmer le diagnostic nécessitait :

  • un PET scan cérébral ;
  • ou une ponction lombaire.

Désormais, des biomarqueurs sanguins permettent de détecter certains signes biologiques de la maladie avec une précision croissante. Deux tests sanguins mesurant la protéine p-tau 217 ont récemment obtenu le marquage CE européen.

Ces tests permettent :

  • de confirmer plus facilement un diagnostic suspecté ;
  • de réduire le recours à des examens plus lourds ;
  • d’orienter plus rapidement les patients vers une prise en charge adaptée.

Attention cependant : ces tests ne sont pas destinés au dépistage généralisé de la population, car ils risqueraient de produire trop de faux positifs.

 

Prévention : un levier essentiel contre Alzheimer

Les progrès thérapeutiques sont importants, mais la prévention reste un enjeu central.

Les chercheurs ont désormais identifié 14 facteurs de risque modifiables associés au développement des démences.

Face au vieillissement de la population mondiale, agir sur ces facteurs représente probablement l’un des moyens les plus efficaces pour réduire l’impact des maladies neurodégénératives.

 

Conclusion : où en est la recherche sur Alzheimer ?

La recherche sur la maladie d’Alzheimer entre dans une nouvelle phase.

Les avancées récentes montrent que :

  • il est possible d’agir sur les mécanismes biologiques de la maladie ;
  • le diagnostic devient plus précis et moins invasif ;
  • de nouvelles approches thérapeutiques sont en développement.

Cependant, plusieurs défis demeurent :

  • améliorer l’efficacité des traitements ;
  • réduire leurs effets secondaires ;
  • mieux personnaliser les prises en charge ;
  • prendre en compte les multiples mécanismes impliqués dans les maladies neurodégénératives.

La maladie d’Alzheimer reste aujourd’hui encore incurable, mais les progrès scientifiques récents marquent un tournant majeur qui nourrit de nouveaux espoirs pour les patients, les familles et les professionnels de santé.

Article rédigé par :

Dr. Remy Genthon

Directeur Publications Scientifiques

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