Un test sanguin, disponible depuis la fin 2025 en ville et dans les hôpitaux, permet d’infirmer ou de confirmer un diagnostic de maladie d’Alzheimer pour des patients ayant déjà des signes de déclin cognitif compatibles avec ce diagnostic. A qui s’adresse-t-il ? Dans quel cadre ? Avec quel degré de fiabilité ?
Comment fonctionne ce test sanguin destiné à confirmer le diagnostic de la maladie d’Alzheimer ?
L’objectif de cette prise de sang est de doser la protéine tau phosphorylée sur la thréonine 217 (pTau217), un biomarqueur associé à la présence dans le cerveau de plaques amyloïdes et donc un signal fiable et précoce pour savoir que la maladie s’installe.
En France, des laboratoires privés le proposent en ville, en plus de certains Centres Mémoire et services spécialisés des hôpitaux publics.
À qui s’adresse ce test sanguin pour la maladie d’Alzheimer ?
Attention, on ne parle pas ici d’un test sanguin ouvert à tous, disponible pour chaque personne qui s’interrogerait sur l’état de sa mémoire ou celle d’un proche. C’est un outil d’aide au diagnostic pour les professionnels de santé et il n’est pas performant pour mettre en évidence les plaques amyloïdes chez un sujet asymptomatique (très nombreux « faux positifs »). Il ne s’agit en aucun cas d’un test de « dépistage » généralisé de la population.
Il est réservé aux personnes :
- âgées de plus de 50 ans
- présentant déjà des troubles cognitifs compatibles avec le diagnostic de maladie d’Alzheimer
- engagées dans un parcours diagnostique et de soin.
Sa prescription est strictement encadrée et ne doit être réalisée que par un médecin de consultation mémoire, ou par un médecin spécialisé en neurologie, gériatrie ou psychiatrie et formé à l’exploration des pathologies cognitives en ville ou à l’hôpital.
Ce test est-il fiable ?
La réponse est oui, la pTau217 est aujourd’hui considéré comme le biomarqueur sanguin le plus performant pour détecter les lésions associées à la maladie d’Alzheimer, mais ce n’est pas un test parfait et il doit être interprété selon le contexte clinique. Sa concentration sanguine est par exemple influencée par la fonction rénale des patients.
Que signifie « fiable » ?
En pratique clinique, on souhaite en priorité répondre aux 2 questions suivantes à partir du résultat d’un test :
- Si le test sanguin est positif, quelle est la probabilité que le sujet présente effectivement des lésions de maladie d’Alzheimer dans son cerveau ? Cette probabilité est la valeur prédictive positive du test.
- Si le test sanguin est négatif, quelle est la probabilité que le sujet soit effectivement indemne de lésions de maladie d’Alzheimer dans son cerveau ? Cette probabilité est la valeur prédictive négative du test.
Pour estimer ces probabilités, il faut considérer les performances intrinsèques du test, à savoir sa sensibilité et sa spécificité. Mais il faut également considérer la prévalence de la maladie, ou probabilité pré-test ! La probabilité pré-test d’avoir des lésions de maladie d’Alzheimer est défini en Consultation mémoire par les caractéristiques du bilan neuropsychologique du patient. Ces biomarqueurs sanguins doivent donc s’interpréter dans un cadre clinico-biologique (et non dans un cadre biologique seul).
La Haute autorité de santé a développé un calculateur des valeurs prédictives sur son site.
Peut-il remplacer le TEP scan ou la ponction lombaire ?
Oui, selon beaucoup de spécialistes de Consultation mémoire, ce test peut remplacer le TEP scan ou la ponction lombaire dans 80% des cas environ pour confirmer un diagnostic de maladie d’Alzheimer si la probabilité pré-test est élevée, c’est-à-dire que l’examen neuropsychologique suggère déjà fortement le diagnostic.
En effet, les recommandations internationales les plus récentes indiquent que les tests sanguins peuvent remplacer les examens classiques lorsqu’ils atteignent au moins 90% de sensibilité et 90% de spécificité dans des populations bien définies. C’est désormais le cas avec les biomarqueurs actuels, notamment grâce à une stratégie d’interprétation « à double seuil ». Au-dessus du seuil haut, le test est positif ; en-dessous du seuil bas, le test est négatif. Entre les deux seuils, le test n’est pas interprétable et il convient alors de réaliser une ponction lombaire ou un TEP scan. Cette « zone grise » d’interprétation concerne environ 20% des patients.
Aujourd’hui, en pratique :
- Un résultat négatif est très utile pour écarter une maladie d’Alzheimer sauf si la probabilité clinique est très élevée.
- Un résultat positif confirme le diagnostic de maladie d’Alzheimer si la probabilité pré-test est élevée.
- Ce test ne doit jamais être réalisé chez un sujet cognitivement sain.
- Ce test n’est pas recommandé aujourd’hui en soin primaire (médecine générale).
En conclusion :
Le dosage sanguin de la pTau217 constitue aujourd’hui un outil très performant d’aide au diagnostic de la maladie d’Alzheimer chez des patients présentant déjà des troubles cognitifs, mais il ne remplace en aucun cas l’évaluation clinique spécialisée.





