L’essentiel à retenir

Le cinéma ne remplace pas une information médicale, mais il fait ressentir ce que les explications peinent à transmettre, la désorientation, la perte des mots, le bouleversement des relations familiales. The Father et Still Alice placent le spectateur du côté de la personne malade, Loin d’elle et Floride du côté des proches, La Finale ou Du miel plein la tête ouvrent le dialogue avec les plus jeunes. Chaque film sur Alzheimer simplifie ou embellit une partie de la réalité, et certains peuvent être éprouvants à voir pour des aidants. Le choix dépend de ce que l’on cherche à comprendre et du moment que l’on traverse.

La maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées concernent 1,4 million de personnes en France, et le cinéma s’en est largement emparé depuis une vingtaine d’années. Un film ne dit pas tout de la maladie, et aucun ne reflète la situation de chaque famille. Mais une œuvre juste peut aider à mettre des images sur des symptômes, à comprendre une réaction qui semblait incompréhensible, ou à engager une conversation difficile avec un adolescent ou un frère éloigné. Nous avons retenu dix films sur la maladie d’Alzheimer et les maladies proches, choisis pour la justesse de leur regard et la diversité de leurs angles. Pour chacun, nous indiquons ce qu’il montre, à qui il s’adresse et ce qu’il laisse de côté.

Comment choisir un film sur la maladie d’Alzheimer

Partir de ce que vous cherchez

Tous les films ne répondent pas au même besoin. Si vous voulez comprendre ce que vit la personne malade, privilégiez ceux qui adoptent son point de vue. Si vous êtes aidant et cherchez à vous reconnaître, les films centrés sur le conjoint ou les enfants seront plus parlants. Pour aborder le sujet avec des enfants ou des adolescents, les comédies familiales offrent une entrée moins intimidante. Tenez compte aussi de votre état du moment : certains de ces films sont durs, et les regarder en pleine période d’épuisement n’est pas forcément une bonne idée.

Film Année Angle principal À voir plutôt si vous souhaitez
The Father2020La désorientation vécue de l’intérieurComprendre ce que ressent la personne malade
Still Alice2014Une forme à début précoceSuivre l’évolution de la maladie chez une personne jeune
Iris2001Le couple et la perte du langageVoir le quotidien d’un conjoint aidant
Loin d’elle2006L’entrée en établissementRéfléchir à la séparation et au lien
Floride2015Le déni et la relation père-filleVous reconnaître comme enfant aidant
N’oublie jamais2004Une histoire d’amour racontée à une épouse maladeUn récit romanesque et émouvant
Se souvenir des belles choses2002La peur de la maladie chez une jeune femmeUn regard français, pudique
La Finale2018Un grand-père et son petit-filsAborder le sujet avec des adolescents
Du miel plein la tête2018Un grand-père et sa petite-filleUn film familial sur le lien entre générations
Une vie démente2020Une maladie apparentée, la démence sémantiqueDécouvrir une autre maladie, avec humour

Trois films pour ressentir la maladie de l’intérieur

The Father, de Florian Zeller (2020)

Anthony, un octogénaire londonien, refuse les aides que sa fille Anne tente d’organiser. Le film, adapté par Florian Zeller de sa propre pièce Le Père, raconte l’histoire depuis la perception d’Anthony : les lieux se transforment, les visages changent, les scènes se répètent avec des variations, si bien que le spectateur ne sait plus ce qui est réel. Ce procédé fait éprouver la désorientation dans le temps et dans l’espace mieux que n’importe quelle description, et permet de comprendre la méfiance ou la colère d’une personne dont le monde devient incohérent. L’interprétation d’Anthony Hopkins lui a valu l’Oscar du meilleur acteur. C’est un film exigeant, parfois oppressant, à réserver à un moment où l’on se sent disponible.

Still Alice, de Richard Glatzer et Wash Westmoreland (2014)

Alice Howland, professeure de linguistique de 50 ans, commence à chercher ses mots puis se perd lors d’un jogging sur un trajet familier. Le diagnostic tombe : une maladie d’Alzheimer à début précoce, d’origine génétique. Adapté du roman de Lisa Genova, docteure en neurosciences, le film suit avec précision les étapes du diagnostic, les stratégies qu’Alice met en place pour compenser et les réactions de son mari et de ses trois enfants. Il rappelle que les formes à début précoce existent, environ 5 % des cas, et que les formes héréditaires, comme celle du film, sont exceptionnelles, moins de 1 % des cas. Julianne Moore a reçu l’Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle. Nous abordons ces formes dans notre article sur la maladie d’Alzheimer à début précoce.

Iris, de Richard Eyre (2001)

Le film retrace la vie de la romancière et philosophe britannique Iris Murdoch, d’après les récits de son mari John Bayley. Il alterne les années de jeunesse, où Kate Winslet incarne une intellectuelle brillante et libre, et les dernières années, où Judi Dench montre la perte progressive du langage chez une femme dont les mots étaient le métier. Le quotidien de l’époux, entre dévouement, maladresse et épuisement, est filmé sans complaisance. Iris illustre bien que la maladie touche aussi des personnes au niveau intellectuel très élevé, même si la réserve cognitive peut en retarder les manifestations. C’est l’un des portraits les plus justes du conjoint aidant.

Quatre films sur le couple et la famille face à la maladie

Loin d’elle, de Sarah Polley (2006)

Fiona et Grant sont mariés depuis plus de quarante ans lorsque Fiona, consciente de ses troubles, décide elle-même d’entrer en établissement. Après une période sans visites imposée par le règlement, Grant découvre que sa femme s’est attachée à un autre résident et semble l’avoir oublié. Adapté d’une nouvelle d’Alice Munro, le film aborde avec délicatesse des questions que peu d’œuvres traitent : l’entrée en institution, la culpabilité, la vie affective des personnes malades. Julie Christie y est remarquable de retenue. Il fait écho à notre article bien gérer l’entrée en institution.

Floride, de Philippe Le Guay (2015)

Claude Lherminier, ancien industriel de 80 ans, congédie ses aides à domicile les unes après les autres et mène la vie dure à sa fille Carole, qui a repris l’entreprise familiale. Il a une idée fixe : partir en Floride retrouver son autre fille. Tiré lui aussi de la pièce de Florian Zeller, le film choisit le ton de la comédie douce-amère, porté par Jean Rochefort et Sandrine Kiberlain. Il montre très bien le refus d’admettre ses difficultés, les sautes d’humeur et la position de l’enfant qui doit décider pour son parent. Les proches y retrouveront des situations décrites dans notre article sur l’agressivité et les accès de colère.

N’oublie jamais, de Nick Cassavetes (2004)

Dans une maison de retraite, un vieil homme lit chaque jour à une résidente atteinte de troubles de la mémoire l’histoire d’amour de deux jeunes gens dans les années 1940. Adapté d’un roman de Nicholas Sparks, le film est avant tout un mélodrame romantique, devenu très populaire. Il a le mérite de montrer la fidélité d’un conjoint et l’idée que l’émotion peut subsister quand le souvenir s’efface. Sa vision de la maladie est en revanche idéalisée : les retours soudains et complets de la mémoire qu’il met en scène ne correspondent pas à ce que vivent les familles. Il se regarde comme une belle histoire plus que comme un témoignage.

Se souvenir des belles choses, de Zabou Breitman (2002)

Claire, une jeune femme dont la mère est morte de la maladie d’Alzheimer, s’inquiète de ses propres pertes de mémoire et entre dans un centre spécialisé. Elle y rencontre Philippe, qui a perdu ses souvenirs à la suite d’un accident. Le film, interprété par Isabelle Carré et Bernard Campan, raconte leur histoire d’amour avec beaucoup de pudeur, entre l’un qui retrouve la mémoire et l’autre qui la perd. Il montre la vie d’un lieu de soins, les rituels et les aide-mémoire que les personnes inventent pour tenir. Le cas de Claire, très jeune, est exceptionnel et ne doit pas inquiéter les personnes dont un parent a été malade.

Informer aujourd’hui, chercher pour demain

Ces films font connaître la maladie au grand public, première étape pour changer le regard porté sur elle. La Fondation Recherche Alzheimer est exclusivement dédiée au financement de la recherche scientifique ainsi qu’à l’information du public, avec 30 millions d’euros engagés depuis 2004. Les projets qu’elle soutient portent sur le diagnostic précoce, la médecine de précision par les biomarqueurs et les nouvelles voies thérapeutiques.

→ Soutenir la recherche

Trois films au ton plus léger, à voir en famille

La Finale, de Robin Sykes (2018)

Toute la famille est absente et personne ne peut garder Roland, le grand-père atteint de la maladie d’Alzheimer. Son petit-fils JB, adolescent passionné de basket, se retrouve contraint de l’emmener avec lui à Paris, où il doit jouer une finale. Cette comédie française, avec Thierry Lhermitte et Rayane Bensetti, repose sur un duo que tout oppose et qui apprend à se connaître en chemin. Elle montre les oublis, les confusions et les situations cocasses sans se moquer du personnage malade. C’est une bonne porte d’entrée pour parler de la maladie avec des adolescents.

Du miel plein la tête, de Til Schweiger (2018)

Amadeus, veuf depuis peu et atteint de la maladie d’Alzheimer, s’installe chez son fils. Sa petite-fille Matilda, 10 ans, refuse l’idée d’un placement et décide de l’emmener à Venise, là où il a rencontré sa femme. Ce film avec Nick Nolte est la version américaine d’une comédie allemande du même réalisateur, sortie en 2014. Il mise sur l’aventure et sur la tendresse entre les générations, avec des péripéties peu réalistes et une tonalité volontiers sentimentale. Il peut servir de point de départ à une discussion en famille, à condition de préciser qu’un voyage improvisé avec une personne désorientée n’est pas sans risque dans la réalité.

Une vie démente, d’Ann Sirot et Raphaël Balboni (2020)

Alex et Noémie, trentenaires, projettent d’avoir un enfant lorsque Suzanne, la mère d’Alex, commence à se comporter de façon étrange. Le diagnostic est celui d’une démence sémantique, une maladie apparentée dans laquelle le sens des mots et des objets s’efface. Ce film belge traite avec inventivité et humour le renversement des rôles entre une mère fantasque et un fils qui doit devenir son tuteur. Il rappelle que toutes les maladies neurodégénératives ne commencent pas par la mémoire. Nous décrivons cette maladie dans notre article quels sont les symptômes de la démence fronto-temporale.

Ce que le cinéma montre bien, et ce qu’il simplifie

Des symptômes rendus sensibles

Les meilleurs de ces films donnent à voir ce que les listes de symptômes ne font que nommer. La désorientation de The Father, le manque du mot de Still Alice et d’Iris, le déni de Floride deviennent des expériences que l’on partage le temps d’une séance. Ils montrent aussi la place des proches, leur fatigue et leurs hésitations, ce qui aide les aidants à se sentir moins seuls. Beaucoup de familles disent avoir mieux compris certaines réactions après avoir vu l’un de ces films. C’est leur principal apport.

Les limites de la fiction

Le cinéma a besoin de récit, et la maladie s’y plie mal. L’évolution est souvent accélérée, les formes rares, précoces ou héréditaires, sont surreprésentées, et les personnages appartiennent fréquemment à des milieux aisés où l’aide ne manque pas. Certains films embellissent, avec des éclairs de lucidité spectaculaires, d’autres assombrissent. Tous ne parlent pas de la maladie d’Alzheimer au sens strict : Amour, de Michael Haneke, souvent cité dans ces sélections, décrit par exemple les suites d’accidents vasculaires cérébraux. Aucun ne remplace donc une information médicale, que vous trouverez dans notre page qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer.

Regarder un film avec un proche malade

La question se pose souvent. Regarder un film sur la maladie avec la personne concernée peut l’inquiéter ou la blesser, surtout si elle a peu conscience de ses troubles, et il vaut mieux s’en abstenir sans son souhait explicite. Pour partager un moment de cinéma, des films qu’elle a aimés autrefois, des comédies musicales ou des extraits courts conviennent mieux qu’une intrigue complexe. Notre article sur les activités à proposer aux personnes malades donne d’autres idées. Ces dix films sur Alzheimer s’adressent donc d’abord aux proches et au grand public : choisis selon ce que l’on cherche, ils aident à comprendre, à se reconnaître et à parler de la maladie, ce qui est déjà une manière de mieux y faire face. Pour prolonger par la lecture, notre sélection des meilleurs livres sur Alzheimer complète cette liste.

Soutenir la recherche sur la maladie d’Alzheimer

Le cinéma change le regard sur la maladie, la recherche vise à en changer le cours. Reconnue d’utilité publique et labellisée IDEAS, la Fondation Recherche Alzheimer finance des projets sélectionnés par un comité scientifique européen indépendant. Un don de 60 euros finance 60 minutes de recherche et ouvre droit à 66 % de réduction d’impôt sur le revenu, ou à 75 % au titre de l’IFI.

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Questions fréquentes

Quel est le film le plus réaliste sur la maladie d’Alzheimer ?
The Father est souvent cité pour la manière dont il fait ressentir la désorientation, et Still Alice pour la précision avec laquelle il décrit le diagnostic et l’évolution d’une forme précoce. Iris et Loin d’elle sont très justes sur la vie des conjoints. Aucun film ne reflète cependant toutes les situations, chaque parcours étant différent.
Quel film sur Alzheimer regarder avec des adolescents ?
La Finale et Du miel plein la tête abordent la maladie à travers la relation entre un grand-père et son petit-fils ou sa petite-fille, sur un ton de comédie. Ils permettent d’ouvrir la discussion sans dramatiser. Prévoyez un temps d’échange après le film pour répondre aux questions.
Existe-t-il des films français sur la maladie d’Alzheimer ?
Oui. Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman, Floride de Philippe Le Guay et La Finale de Robin Sykes sont trois films français aux tons très différents. The Father est réalisé par un auteur français, Florian Zeller, mais tourné en anglais.
Faut-il regarder ces films quand on est aidant ?
Cela dépend de chacun et du moment. Certains aidants y trouvent du réconfort et le sentiment d’être compris, d’autres les jugent trop proches de ce qu’ils vivent. Si vous traversez une période difficile, préférez les films au ton plus léger ou reportez le visionnage.
Peut-on regarder un film sur Alzheimer avec la personne malade ?
Ce n’est généralement pas conseillé, sauf si elle le demande. Se voir à travers un personnage peut être source d’inquiétude ou de tristesse. Pour un moment partagé, des films appréciés autrefois ou des extraits courts et gais sont mieux adaptés.
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