L’essentiel à retenir
Les jeux et exercices de stimulation représentent une activité à domicile intéressante pour les malades d’Alzheimer. Aux stades léger à modéré, ce type d’activité peut apporter un bénéfice modeste sur les fonctions cognitives et un bénéfice plus sensible sur l’humeur, la communication et la qualité de vie. Il ne ralentit pas les lésions de la maladie. L’efficacité tient surtout à la manière de faire : des séances courtes, adaptées aux capacités du moment, sans mise en échec, où le plaisir partagé passe avant la performance. Vous trouverez dans cet article des exemples d’exercices.
Proverbes à compléter, mots mêlés, jeu de l’intrus, petits calculs : de nombreuses familles cherchent des jeux et des exercices à imprimer pour occuper et stimuler un proche atteint de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, qui concernent 1,4 million de personnes en France. L’intention est juste, à condition de savoir ce que l’on peut attendre de ces supports. Ils n’ont pas vocation à faire reculer la maladie, mais ils peuvent entretenir les capacités préservées, soutenir l’estime de soi et offrir un moment d’échange dans des journées parfois longues. Nous vous proposons de faire le point sur ce que dit la recherche, de passer en revue les types de jeux selon les capacités sollicitées, puis de vous donner quelques exemples d’exercices de stimulation cognitive prêts à l’emploi et des conseils pour animer une séance.
Sommaire
- 1. Ce que la stimulation cognitive peut apporter, et ses limites
- 2. Quels jeux pour une personne atteinte d’Alzheimer selon la capacité sollicitée
- 3. Quelques exemples d’exercices de stimulation cognitive prêts à imprimer
- 4. Comment animer une séance à domicile
- 5. Où trouver d’autres supports et quand changer d’activité
Ce que la stimulation cognitive peut apporter, et ses limites
Un bénéfice modeste, surtout aux stades léger à modéré
La stimulation cognitive regroupe des activités variées, souvent ludiques, qui sollicitent la mémoire, le langage, l’attention ou le raisonnement dans un cadre convivial. Elle fait partie des interventions non médicamenteuses reconnues dans le parcours de soins décrit par la Haute Autorité de santé (HAS). Les synthèses d’études disponibles, notamment celles de la collaboration Cochrane, concluent à un bénéfice modeste sur les fonctions cognitives des personnes atteintes d’une forme légère à modérée, ainsi qu’à des effets favorables sur la communication et la qualité de vie. Ces résultats concernent surtout des programmes structurés, conduits en groupe par des professionnels. Les jeux pratiqués à la maison s’en inspirent, sans que l’on puisse leur attribuer exactement les mêmes effets.
Ce que les jeux ne font pas
Aucun exercice ne fait disparaître les dépôts protéiques mal conformés et toxiques qui caractérisent la maladie, ni ne ralentit leur progression dans le cerveau. Les promesses de « ralentir Alzheimer » grâce à un cahier d’exercices ou à une application ne reposent pas sur des preuves solides. Les exercices répétés ciblant une seule capacité améliorent souvent la performance à cet exercice précis, sans que ce progrès se transfère clairement aux gestes de la vie quotidienne. Le cerveau conserve toutefois une capacité d’adaptation, et solliciter régulièrement les fonctions préservées peut aider à les maintenir plus longtemps. Nous revenons sur ces notions dans notre article consacré à la réserve cognitive.
Estime de soi, échange et plaisir : les effets qui comptent au quotidien
Le premier bénéfice d’un jeu réussi se lit sur le visage de la personne. Trouver la fin d’un proverbe ou reconnaître une chanson ancienne lui rappelle qu’elle sait encore, ce qui soutient une estime de soi souvent mise à mal par les difficultés du quotidien. L’activité crée aussi une occasion de parler, de rire et d’évoquer des souvenirs, là où les échanges tendent à se réduire aux soins et aux consignes. Pour l’aidant, c’est un moment où la relation retrouve une forme de légèreté. Ces effets ne se mesurent pas en points de mémoire, mais ils justifient à eux seuls de proposer ces activités.
Quels jeux pour une personne atteinte d’Alzheimer selon la capacité sollicitée
Tous les jeux ne mobilisent pas les mêmes fonctions, et les capacités ne déclinent pas toutes au même rythme. La mémoire des faits récents est souvent touchée tôt, alors que les connaissances anciennes, les automatismes verbaux et la mémoire des émotions résistent plus longtemps. Il est donc préférable de s’appuyer sur ce qui fonctionne encore plutôt que d’exercer ce qui est le plus atteint. Le tableau ci-dessous présente les grandes familles de jeux à imprimer et la façon d’en ajuster la difficulté.
| Capacité sollicitée | Types de jeux à imprimer | Pour simplifier l’exercice |
|---|---|---|
| Langage et connaissances anciennes | Proverbes et expressions à compléter, mots de la même famille, listes par catégorie | Donner la première lettre ou proposer deux réponses au choix |
| Attention et observation | Mots mêlés en gros caractères, jeu des différences, jeu de l’intrus | Réduire la taille de la grille ou le nombre d’éléments |
| Logique et calcul | Suites à poursuivre, opérations simples, images à remettre dans l’ordre | Utiliser des objets réels, comme des pièces de monnaie |
| Repérage visuel et geste | Points à relier, figures à reproduire, coloriages à motifs larges | Choisir des tracés épais et peu de détails |
| Mémoire des souvenirs anciens | Photos d’époque à commenter, métiers et objets d’autrefois, paroles de chansons | Partir de l’histoire personnelle de la personne |
Varier les familles de jeux d’une séance à l’autre entretient l’intérêt et évite de buter toujours sur la même difficulté. Les goûts d’avant la maladie restent le meilleur guide : une personne qui aimait les mots croisés acceptera volontiers un jeu de lettres, une autre préférera les chiffres ou les images. Veillez à choisir des supports conçus pour des adultes, les fiches destinées aux enfants pouvant être vécues comme infantilisantes. Cette attention au respect de la personne rejoint les principes que nous décrivons dans notre article sur la méthode Montessori adaptée aux personnes malades.
Quelques exemples d’exercices de stimulation cognitive prêts à imprimer
Les exercices qui suivent peuvent être imprimés tels quels ou recopiés en gros caractères, une consigne par page. Ils s’adressent plutôt à des personnes aux stades léger à modéré et se pratiquent à deux, à l’oral comme à l’écrit. Les réponses sont indiquées entre parenthèses pour l’aidant, il suffit de les masquer avant d’imprimer.
Proverbes et expressions à compléter
- Pierre qui roule n’amasse pas… (mousse)
- Qui vole un œuf vole un… (bœuf)
- Tel père, tel… (fils)
- Après la pluie, le beau… (temps)
- L’habit ne fait pas le… (moine)
- Mieux vaut tard que… (jamais)
- Loin des yeux, loin du… (cœur)
- Petit à petit, l’oiseau fait son… (nid)
Le jeu de l’intrus
Dans chaque liste, un mot n’appartient pas à la même famille que les autres. Demandez lequel, puis pourquoi : l’explication compte autant que la réponse.
- Pomme, poire, carotte, cerise (carotte)
- Marteau, tournevis, casserole, scie (casserole)
- Chien, chat, rose, cheval (rose)
- Lundi, mars, jeudi, samedi (mars)
- Paris, Lyon, Marseille, Seine (Seine)
Les listes par catégorie
- Citez cinq fleurs.
- Citez cinq objets que l’on trouve dans une cuisine.
- Citez cinq prénoms qui commencent par la lettre M.
- Citez cinq villes de France.
- Citez cinq métiers.
Suites logiques et petits calculs
- Continuez la suite : 2, 4, 6, 8… (10)
- Continuez la suite : lundi, mardi, mercredi… (jeudi)
- Continuez la suite : janvier, février, mars… (avril)
- Combien font 5 + 4 ? (9)
- Combien font 10 − 3 ? (7)
- Combien font trois pièces de 2 euros ? (6 euros)
Informer aujourd’hui, chercher pour demain
Ces activités peuvent contribuer à améliorer le quotidien sans toutefois modifier le cours de la maladie. Seule la recherche médicale permettra un jour de stopper la maladie. La Fondation Recherche Alzheimer est exclusivement dédiée au financement de la recherche scientifique ainsi qu’à l’information du public, avec 30 millions d’euros engagés depuis 2004. Elle ne propose pas d’ateliers ni d’accompagnement à domicile. Les projets qu’elle soutient portent sur le diagnostic précoce, la médecine de précision par les biomarqueurs et les nouvelles voies thérapeutiques.
Comment animer une séance à domicile
Choisir le bon moment et le bon cadre
Proposez l’activité au moment de la journée où votre proche est le plus disponible, souvent en matinée ou après un temps de repos, et jamais lorsqu’il est fatigué ou contrarié. Installez-vous dans un endroit calme, télévision et radio éteintes, avec un bon éclairage et, si besoin, ses lunettes et ses appareils auditifs. Des séances courtes, de l’ordre de quinze à trente minutes, en fonction de la patience et de l’intérêt de la personne, sont généralement mieux tolérées qu’une longue séance. Arrêtez dès les premiers signes de lassitude, même si la fiche n’est pas terminée. La régularité compte davantage que la durée : quelques moments répartis dans la semaine valent mieux qu’un seul long rendez-vous.
Éviter la mise en échec
Le jeu doit rester un jeu. Commencez par un exercice facile pour installer la confiance, aidez par un indice plutôt que de donner la réponse, et accueillez une réponse inattendue sans la corriger sèchement. Si l’exercice est manifestement trop difficile, changez-en sans commentaire, en évitant les formules qui soulignent l’erreur. Valorisez la participation et l’effort, quel que soit le résultat. Ces attitudes rejoignent les conseils de notre article sur les choses à éviter quand on parle avec une personne malade.
Adapter les exercices au fil de l’évolution
Les capacités changent avec le temps, et parfois d’un jour à l’autre. Un exercice réussi le mois dernier peut devenir source de frustration, ce qui n’est ni un caprice ni un manque d’effort. Simplifiez alors la consigne, réduisez le nombre d’éléments ou passez de l’écrit à l’oral. Lorsque la lecture devient difficile, les supports imagés, les chansons et les objets à manipuler prennent le relais. L’objectif reste le même à chaque étape : un moment agréable, dans lequel la personne se sent capable.
Où trouver d’autres supports et quand changer d’activité
Les professionnels qui peuvent vous guider
Plusieurs professionnels proposent des exercices adaptés au profil de votre proche. L’orthophoniste, sur prescription médicale, travaille le langage et la communication et peut vous remettre des supports à utiliser entre les séances. Les équipes spécialisées Alzheimer (ESA) interviennent à domicile, également sur prescription, pour des séances de réhabilitation qui s’appuient sur les activités du quotidien. Les accueils de jour organisent des ateliers de stimulation en petit groupe. Les associations de patients et d’aidants ainsi que les plateformes d’accompagnement et de répit diffusent par ailleurs des fiches et des cahiers d’activités, et le site uniscontrealzheimer.fr rassemble des conseils pour les aidants.
Quand le papier ne convient plus
Si votre proche se désintéresse des fiches ou des exercices écrits, d’autres activités sollicitent tout autant ses capacités. Écouter et fredonner des chansons de sa jeunesse, feuilleter un album de photos, plier du linge, arroser les plantes ou préparer un gâteau mobilisent la mémoire ancienne, les gestes et les sens. Vous trouverez des idées dans notre article sur les activités à proposer aux personnes malades, et des repères pour structurer la journée dans celui que nous consacrons à l’horloge Alzheimer. Les jeux et exercices à imprimer ne sont donc qu’un moyen parmi d’autres. Bien choisis, proposés au bon moment et sans enjeu de performance, ils entretiennent les capacités préservées et offrent surtout un temps de relation, ce qui reste leur principal intérêt.
Soutenir la recherche sur la maladie d’Alzheimer
Stimuler et accompagner aide à mieux vivre avec la maladie, la recherche vise à la faire reculer. Reconnue d’utilité publique et labellisée IDEAS, la Fondation Recherche Alzheimer finance des projets sélectionnés par un comité scientifique européen indépendant. Une minute de recherche coûte 1 euro. Un don de 120 euros finance 2 heures de recherche et ouvre droit à 66 % de réduction d’impôt sur le revenu, ou à 75 % au titre de l’IFI. Mieux accompagner est indispensable aujourd’hui, faire en sorte qu’il n’y ait plus besoin d’accompagner est l’objectif ultime de la Fondation.
→ Faire un don à la Fondation Recherche Alzheimer
FAQ
Les jeux de mémoire ralentissent-ils la maladie d’Alzheimer ?
Non, aucun jeu ni exercice n’agit sur les lésions de la maladie ou sur leur progression. La stimulation cognitive peut en revanche apporter un bénéfice modeste sur les fonctions cognitives aux stades léger à modéré, et améliorer l’humeur, la communication et la qualité de vie. Son intérêt est donc réel, à condition de ne pas en attendre un effet sur l’évolution.
Combien de temps doit durer une séance de jeux ?
Des séances courtes, de l’ordre de vingt à trente minutes, conviennent à la plupart des personnes. Il est préférable d’arrêter dès que la fatigue ou l’agacement apparaît, même en cours d’exercice. Mieux vaut plusieurs moments brefs dans la semaine qu’une seule longue séance.
Où trouver des exercices de stimulation cognitive Alzheimer en PDF ?
L’orthophoniste, les équipes spécialisées Alzheimer et les accueils de jour peuvent vous remettre des supports adaptés à votre proche. Les associations de patients et d’aidants et les plateformes d’accompagnement et de répit diffusent aussi des fiches à télécharger. Les exercices proposés dans cet article peuvent enfin être imprimés directement.
Que faire si mon proche refuse de jouer ou s’énerve ?
N’insistez pas : un refus traduit souvent de la fatigue, un exercice trop difficile ou un moment mal choisi. Proposez autre chose, comme de la musique ou une promenade, et réessayez un autre jour avec un support plus simple. Si l’agacement devient fréquent, parlez-en au médecin ou à l’équipe qui suit votre proche.
Quels jeux proposer à un stade avancé de la maladie ?
À un stade avancé, les fiches écrites laissent place aux activités sensorielles et aux gestes familiers. La musique, les photos, les objets à toucher ou à trier et les odeurs connues sollicitent la mémoire ancienne et les émotions. L’important est alors le moment partagé, sans attente de résultat.




