L’essentiel à retenir

Trois pistes ont fait beaucoup parler en 2025 et 2026, avec des niveaux de preuve très différents. Le sémaglutide, un médicament de la famille des GLP-1, a échoué dans deux grands essais de phase 3. Le vaccin contre le zona est associé à une baisse du risque de démence dans plusieurs études observationnelles solides, sans essai dédié à ce jour. Le lithium a donné des résultats frappants chez la souris, sans aucune donnée chez l’humain. Aucune de ces pistes ne justifie aujourd’hui un changement de traitement ou une supplémentation.

Chaque année apporte son lot d’annonces présentées comme des tournants dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer. Certaines tiennent leurs promesses, beaucoup s’essoufflent en passant de l’animal à l’humain, et presque toutes sont relayées avec un enthousiasme qui dépasse ce que les données permettent d’affirmer. Pour une personne concernée ou un proche, distinguer une avancée réelle d’une observation préliminaire n’est pas simple. Nous vous proposons de reprendre ces trois pistes une par une, en précisant pour chacune ce qui a été démontré, ce qui reste une hypothèse, et ce que cela change concrètement pour vous.

Comprendre les niveaux de preuve avant de lire une annonce

Les trois pistes de cet article reposent sur des types d’études très différents, et c’est ce qui explique les écarts de conclusions.

De la souris à l’essai randomisé

Une étude chez l’animal permet d’explorer un mécanisme, mais le cerveau d’une souris par exemple génétiquement modifiée ne reproduit qu’une partie de la maladie humaine. Une étude observationnelle, qui suit des populations et compare ceux qui ont reçu un traitement à ceux qui ne l’ont pas reçu, peut révéler une association sans prouver qu’elle est causale, car les deux groupes diffèrent souvent sur d’autres points. Seul un essai randomisé contre placebo, où le hasard décide qui reçoit le traitement, permet d’établir qu’un effet est réel et lié au traitement. C’est l’étape que franchissent peu de pistes, et c’est pourtant la seule qui compte pour une décision thérapeutique.

Pourquoi tant de pistes échouent

Une molécule peut améliorer le niveau des biomarqueurs sans produire de bénéfice clinique perceptible, c’est-à-dire modifier des mesures biologiques sans ralentir le déclin de la mémoire ou de l’autonomie. Les lésions de la maladie s’installent par ailleurs quinze à vingt ans avant les premiers symptômes, ce qui rend l’intervention tardive difficile. Ces deux obstacles expliquent une grande partie des déconvenues, et ils impactent directement les pistes thérapeutiques présentées ici.

Les GLP-1 : une piste sérieuse, un échec clair

C’était l’une des pistes les plus attendues, et ses résultats sont aujourd’hui connus avec précision.

Pourquoi on y croyait

Les agonistes du récepteur du GLP-1, dont le sémaglutide, sont utilisés dans le diabète de type 2 et l’obésité. Des données en vie réelle suggéraient que les personnes diabétiques traitées par ces médicaments développaient moins souvent une démence, et des travaux précliniques montraient des effets sur l’inflammation et le métabolisme cérébral. L’hypothèse était cohérente avec ce que l’on sait du rôle des facteurs de risque vasculaires et métaboliques dans la maladie.

Ce que les essais ont montré

Les deux essais de phase 3 EVOKE et EVOKE+ ont inclus 3 808 personnes présentant un trouble cognitif léger ou une démence débutante due à la maladie d’Alzheimer, traitées pendant deux ans par sémaglutide oral ou placebo. Les résultats, annoncés en novembre 2025 puis publiés dans The Lancet en mars 2026, sont sans ambiguïté : aucune différence avec le placebo sur le déclin cognitif ni sur l’autonomie au quotidien. Le laboratoire a arrêté la phase d’extension des essais. Le traitement a bien modifié certains biomarqueurs, notamment inflammatoires, mais sans traduction clinique. C’est une illustration nette de l’écart entre un effet sur un biomarqueur et un bénéfice pour le patient.

Ce résultat négatif a une vraie valeur. Il évite que des millions de personnes prennent un traitement inutile dans cette indication, et il oriente la recherche vers d’autres approches, éventuellement en combinaison. Nous présentons l’état des traitements dans notre article sur les médicaments contre Alzheimer.

Le vaccin contre le zona : un signal robuste, un mécanisme inconnu

Cette piste repose sur des études observationnelles d’une qualité inhabituelle, ce qui explique l’intérêt qu’elle suscite.

Une expérience naturelle au Pays de Galles

En 2013, le Pays de Galles a ouvert la vaccination contre le zona aux personnes âgées de mois de 79 ans à une date précise, en excluant celles qui avaient plus de 80 ans. Cette règle administrative a créé deux groupes presque identiques, séparés seulement par quelques semaines de naissance, ce qui se rapproche des conditions d’un essai randomisé. L’analyse publiée dans la revue Nature en avril 2025 a observé un risque de démence inférieur d’environ 20 % sur sept ans chez les personnes vaccinées. Les chercheurs indiquent avoir retrouvé un signal comparable dans des données d’autres pays, dont l’Angleterre, l’Australie et le Canada.

Ce qui reste à établir

Le mécanisme n’est pas connu. Le vaccin pourrait agir en limitant les réactivations du virus de la varicelle, qui reste dormant dans le système nerveux, ou en modulant plus largement le système immunitaire. Le vaccin étudié alors, vivant atténué, n’est par ailleurs plus celui utilisé aujourd’hui. Le vaccin actuel semble produire le même effet qui serait aussi observé sur le risque cardiovasculaire. A ce jour néanmoins, aucun essai randomisé n’a encore testé la vaccination dans l’objectif de prévenir la démence. La vaccination contre le zona fait l’objet de recommandations propres, fondées sur la prévention du zona et de ses complications : c’est ce cadre, et non la démence, qui doit guider la décision avec votre médecin.

Comprendre ces avancées, c’est aussi les financer

Distinguer une association d’une causalité, confirmer un signal, tester une hypothèse : ces étapes demandent des années de recherche. La Fondation Recherche Alzheimer est exclusivement dédiée au financement de la recherche scientifique ainsi qu’à l’information du public, avec plus de 30 millions d’euros engagés depuis sa création en 2004.

Le lithium : des résultats spectaculaires, mais chez la souris

C’est la piste la plus relayée, et celle qui appelle le plus de prudence.

Ce que l’étude a observé

Une équipe de la Harvard Medical School a publié en août 2025 dans la revue Nature une analyse de 27 métaux dans des cerveaux humains prélevés après le décès. Le lithium, présent naturellement à l’état de traces, était le seul dont la concentration différait nettement : il était diminué dans le cortex préfrontal dès le stade de trouble cognitif léger, et semblait capté par les plaques amyloïdes. Chez la souris, réduire l’apport en lithium accélérait l’accumulation des dépôts protéiques mal conformés et toxiques, l’inflammation et le déclin de la mémoire, en partie par l’intermédiaire d’une enzyme appelée GSK3β.

Les chercheurs ont ensuite administré aux animaux un composé particulier, l’orotate de lithium, à des doses de l’ordre du millième de celles utilisées en psychiatrie. Chez la souris, il a prévenu les lésions et restauré la mémoire. Ces résultats sont remarquables, mais ils restent des résultats obtenus chez l’animal.

Pourquoi il ne faut pas se supplémenter

L’auteur principal de l’étude l’a lui-même souligné : personne ne doit prendre de lithium de sa propre initiative. Un essai clinique randomisé reste à mener, et les compléments vendus en ligne ne sont soumis à aucun contrôle permettant de garantir leur composition. Le lithium peut par ailleurs affecter la fonction rénale et thyroïdienne et interagir avec des traitements courants. Les essais menés par le passé avec des sels de lithium classiques n’ont pas permis de démontrer de ralentissement convaincant de la maladie. Le statut du lithium comme élément essentiel chez l’humain n’est pas établi à ce jour.

Ce que ces pistes changent, et ne changent pas, pour vous

À ce jour, aucune de ces trois pistes ne modifie la prise en charge. Ne commencez ni n’arrêtez aucun traitement sur la base de ces annonces, et parlez-en à votre médecin si l’une d’elles vous concerne. Les seuls traitements agissant sur les mécanismes de la maladie restent les anticorps anti-amyloïdes, le lecanemab et le donanemab, autorisés en Europe en 2025, dont l’accès reste limité à la recherche en France après les refus d’accès précoce de la Haute Autorité de santé. Nous en faisons le point dans notre article sur les progrès de la recherche.

Ce qui a fait ses preuves reste moins spectaculaire mais bien réel. La commission du Lancet sur la prévention de la démence estime qu’une part importante des cas, proche de la moitié, pourrait être évitée ou retardée en agissant sur des facteurs modifiables : contrôle de la tension artérielle et du diabète, activité physique régulière, correction d’une perte auditive, maintien des liens sociaux, en limitant voire supprimant tabac et alcool. Les GLP-1 ont échoué dans les essais, le vaccin contre le zona livre un signal robuste encore inexpliqué, le lithium reste une hypothèse animale. La recherche avance, y compris par ses échecs, et c’est précisément pour cela qu’il faut continuer à la soutenir.

Transformer les pistes en traitements

La Fondation Recherche Alzheimer finance des projets d’excellence, notamment en recherche clinique, sélectionnés par un comité scientifique européen indépendant, autour du diagnostic précoce, des biomarqueurs et des nouvelles voies thérapeutiques. Reconnue d’utilité publique et labellisée IDEAS. Un don de 60 euros finance 60 minutes de recherche, avec 66 % de réduction d’impôt sur le revenu, ou 75 % au titre de l’IFI.

FAQ

Le lithium peut-il prévenir ou traiter la maladie d’Alzheimer ?

À ce jour, rien ne permet de l’affirmer chez l’humain. L’étude publiée dans Nature en 2025 a observé une baisse du lithium dans le cerveau de personnes atteintes et des effets protecteurs de l’orotate de lithium chez la souris.

Aucun essai clinique randomisé n’a encore évalué cette approche chez l’humain. L’auteur principal de l’étude déconseille lui-même toute supplémentation de sa propre initiative.

Faut-il prendre des compléments d’orotate de lithium ?

Non. Les compléments vendus en ligne ne font l’objet d’aucun contrôle garantissant leur composition.

Le lithium peut affecter les reins et la thyroïde et interagir avec des traitements courants. Si vous vous posez la question, parlez-en à votre médecin.

Le vaccin contre le zona protège-t-il de la démence ?

Plusieurs études observationnelles de bonne qualité, dont une publiée dans Nature en 2025 à partir de données galloises, associent la vaccination à un risque de démence inférieur d’environ 20 % sur sept ans.

Le mécanisme reste inconnu et aucun essai randomisé n’a testé cette hypothèse. La décision de vaccination se prend avec votre médecin, sur la base des recommandations propres à la prévention du zona.

Les médicaments GLP-1 comme le sémaglutide ralentissent-ils la maladie ?

Non. Les deux essais de phase 3 EVOKE et EVOKE+, portant sur 3 808 personnes aux stades précoces, n’ont montré aucune différence avec le placebo sur le déclin cognitif ni sur l’autonomie après deux ans.

Le traitement a modifié certains biomarqueurs sans bénéfice clinique. Ces médicaments gardent leur intérêt dans leurs indications habituelles, comme le diabète de type 2.

Pourquoi une molécule efficace chez la souris échoue-t-elle chez l’humain ?

Les modèles animaux ne reproduisent qu’une partie de la maladie humaine, qui se développe sur quinze à vingt ans avec de nombreux facteurs associés.

Une molécule peut aussi modifier le niveau des biomarqueurs sans ralentir le déclin clinique. C’est pour ces raisons que seuls les essais randomisés chez l’humain permettent de conclure.

Quels traitements agissent aujourd’hui sur les mécanismes de la maladie ?

Les anticorps anti-amyloïdes, le lecanemab et le donanemab, autorisés en Europe en 2025, sont les premiers médicaments à agir sur les mécanismes de la maladie, avec un bénéfice modeste aux stades précoces.

En France, la Haute Autorité de santé a refusé leur accès précoce, l’accès demeure donc limité à la recherche.

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