L’essentiel à retenir
L’essentiel à retenir : la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson sont deux maladies neurodégénératives distinctes. La première débute le plus souvent par des troubles de la mémoire et est liée à l’accumulation pathologique de peptide bêta-amyloïde et à la protéine tau. La seconde débute par des troubles du mouvement, lenteur, raideur, tremblement de repos, et est liée à une autre protéine, l’alpha-synucléine, ainsi qu’à un manque de dopamine. Des troubles cognitifs peuvent toutefois apparaître au cours de la maladie de Parkinson. Seul un bilan spécialisé permet de les distinguer, ce qui est essentiel car les traitements sont différents.
Parkinson et Alzheimer sont les deux maladies neurodégénératives les plus fréquentes, et elles sont parfois confondues dans les conversations. Toutes deux surviennent surtout après 60 ans, évoluent lentement et sont liées à l’accumulation de protéines anormales dans le cerveau. Elles ne touchent pourtant ni les mêmes régions, ni les mêmes fonctions, et ne se traitent pas de la même manière. La confusion est d’autant plus compréhensible qu’il existe des situations intermédiaires, lorsque des troubles de la mémoire apparaissent chez une personne atteinte de la maladie de Parkinson ou que des signes moteurs s’ajoutent à des troubles cognitifs. Nous vous proposons de clarifier ce qui distingue Alzheimer et Parkinson, d’expliquer les formes frontières, puis de voir comment le diagnostic est posé et pourquoi il compte.
Sommaire
Deux maladies, deux mécanismes différents
Dans la maladie d’Alzheimer : amyloïde et protéine tau
La maladie d’Alzheimer se caractérise par deux types de dépôts protéiques mal conformés et toxiques. Le peptide bêta-amyloïde s’accumule en plaques dans le cerveau, et la protéine tau forme des filaments à l’intérieur des neurones. Ces lésions abîment les communications entre neurones, les synapses disparaissant avant les neurones eux-mêmes. Elles débutent dans les régions impliquées dans la mémoire, notamment l’hippocampe, puis s’étendent au reste du cortex. Elles apparaissent quinze à vingt ans avant les premiers symptômes, comme nous l’expliquons dans notre page qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer.
Dans la maladie de Parkinson : dopamine et alpha-synucléine
Dans la maladie de Parkinson, un déficit de dopamine apparaît dans certaines structures du cerveau et notamment dans la substance noire, une région profonde du cerveau. La dopamine est un messager chimique indispensable au contrôle des mouvements. Lorsque la dopamine vient à manquer, les gestes deviennent lents et raides. Les altérations cérébrales dues à la maladie de Parkinson ne se limitent pas seulement à la sphère dopaminergique. De nombreux autres systèmes de neurotransmetteurs sont également atteints, ce qui explique l’apparition possible de troubles non moteurs. La formation d’agrégats protéiques, constitués notamment de la protéine a-synucléine, est également intimement liée à la maladie de Parkinson. Parkinson est la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer.
Des points communs qui intéressent la recherche
Malgré ces différences, les deux maladies partagent une logique : une protéine normalement présente dans le cerveau change de forme, s’agrège et se propage de proche en proche. Dans les deux cas, l’âge est le principal facteur de risque, les formes héréditaires sont rares et les lésions précèdent de nombreuses années les symptômes. Il n’est pas rare, chez les personnes âgées, que des lésions des deux types coexistent dans un même cerveau. Ces recoupements conduisent les chercheurs à étudier ensemble ces maladies, dans l’espoir que les progrès réalisés pour l’une bénéficient à l’autre. Notre article le point sur les maladies apparentées présente cette famille de maladies.
Des symptômes de départ qui ne se ressemblent pas
Alzheimer : la mémoire des faits récents en premier
Dans sa forme habituelle, la maladie d’Alzheimer commence par des oublis de faits récents : une conversation de la veille, un rendez-vous, l’endroit où un objet a été rangé. S’y ajoutent progressivement une désorientation dans le temps puis dans l’espace, des difficultés à trouver ses mots et à organiser les tâches du quotidien. Les gestes et la marche restent normaux pendant longtemps. La personne a souvent une conscience réduite de ses difficultés, ce qui conduit l’entourage à s’inquiéter avant elle. Nous détaillons ces signes dans notre page sur les symptômes de la maladie.
Parkinson : le mouvement en premier
La maladie de Parkinson se révèle par des signes moteurs, qui débutent typiquement d’un seul côté du corps. Les médecins en décrivent trois principaux : la lenteur des gestes, la raideur des muscles et un tremblement qui survient au repos, ce dernier n’étant pas constant. L’écriture devient plus petite, le bras ne balance plus à la marche, le visage perd de son expressivité. D’autres signes peuvent précéder de plusieurs années les troubles moteurs, comme une perte de l’odorat, une constipation ou un sommeil agité au cours duquel la personne vit ses rêves. La mémoire et le raisonnement sont préservés au début.
Démence parkinsonienne et maladie à corps de Lewy : les formes frontières
Quelle est la cause de la démence dans la maladie de Parkinson
Toutes les personnes atteintes de la maladie de Parkinson ne développent pas de troubles cognitifs importants, mais le risque augmente avec l’âge et la durée d’évolution. Lorsque ces troubles retentissent sur l’autonomie, on parle de démence parkinsonienne. Elle est principalement due à l’extension des dépôts d’alpha-synucléine au cortex cérébral, à laquelle s’ajoutent souvent, chez les personnes âgées, des lésions de type Alzheimer et des lésions vasculaires. Son profil diffère de celui de la maladie d’Alzheimer : l’attention, la vitesse de traitement de l’information, l’organisation et la perception visuelle sont plus touchées que l’enregistrement des souvenirs. La personne retrouve souvent l’information lorsqu’on lui fournit un indice.
La maladie à corps de Lewy, entre les deux
La maladie à corps de Lewy est due à la même protéine que la maladie de Parkinson, mais les troubles cognitifs y apparaissent avant les signes moteurs ou en même temps. Elle se reconnaît à des fluctuations marquées de l’attention et de la vigilance d’un moment à l’autre, à des hallucinations visuelles précoces et détaillées, à un sommeil agité et à un syndrome parkinsonien. Par convention, les médecins parlent de maladie à corps de Lewy lorsque les troubles cognitifs précèdent les signes moteurs ou surviennent dans l’année qui suit, et de démence parkinsonienne lorsqu’ils apparaissent plus tard. Cette maladie reste sous-diagnostiquée, souvent prise pour une maladie d’Alzheimer ou une affection psychiatrique. Nous lui consacrons un article détaillé, comprendre la maladie à corps de Lewy.
Peut-on avoir à la fois Alzheimer et Parkinson
Oui, cela arrive. Les deux maladies étant fréquentes à un âge avancé, une même personne peut être atteinte des deux, et l’examen du cerveau montre souvent des lésions mêlées. À l’inverse, des signes qui évoquent l’autre maladie n’en sont pas toujours la preuve. Une lenteur ou une raideur peuvent apparaître à un stade avancé de la maladie d’Alzheimer ou être provoquées par certains médicaments, et des oublis chez une personne atteinte de la maladie de Parkinson peuvent tenir à la fatigue, à une dépression ou aux traitements. D’autres maladies associent troubles cognitifs et moteurs, comme nous l’indiquons dans notre article sur les symptômes de la démence fronto-temporale. C’est l’analyse d’ensemble par un spécialiste qui permet de faire la part des choses.
| Critère | Maladie d’Alzheimer | Maladie de Parkinson | Maladie à corps de Lewy |
|---|---|---|---|
| Protéine principalement en cause | Peptide bêta-amyloïde et protéine tau | Alpha-synucléine | Alpha-synucléine |
| Premiers signes | Oublis de faits récents | Lenteur, raideur, tremblement de repos | Troubles de l’attention fluctuants, hallucinations visuelles |
| Troubles moteurs | Tardifs | Au premier plan dès le début | Fréquents, précoces ou secondaires |
| Troubles cognitifs | Au premier plan dès le début | Possibles après plusieurs années | Présents dès le début |
| Hallucinations visuelles | Peu fréquentes, plutôt tardives | Possibles, souvent liées à l’évolution ou aux traitements | Fréquentes et précoces |
Informer aujourd’hui, chercher pour demain
Mieux distinguer ces maladies est un enjeu de recherche à part entière. La Fondation Recherche Alzheimer est exclusivement dédiée au financement de la recherche scientifique ainsi qu’à l’information du public, avec 30 millions d’euros engagés depuis 2004 pour la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées, dont la maladie à corps de Lewy. Les projets qu’elle soutient portent sur le diagnostic précoce, la médecine de précision par les biomarqueurs et les nouvelles voies thérapeutiques.
Comment les médecins distinguent Alzheimer et Parkinson
L’examen clinique et les tests
Le diagnostic repose d’abord sur l’entretien et l’examen neurologique. Le médecin retrace l’ordre d’apparition des symptômes, examine la marche, le tonus et les gestes, et interroge l’entourage sur les fluctuations, les hallucinations et le sommeil. Le bilan neuropsychologique précise le profil des troubles cognitifs : une difficulté à enregistrer les informations nouvelles, que les indices n’améliorent pas, oriente vers la maladie d’Alzheimer, tandis qu’un ralentissement avec des troubles de l’attention évoque plutôt une maladie liée à l’alpha-synucléine. Notre article sur le test des 5 mots explique ce principe. La maladie de Parkinson se diagnostique le plus souvent sur le seul examen clinique.
L’imagerie et les biomarqueurs
L’IRM cérébrale recherche une atrophie, notamment de l’hippocampe dans la maladie d’Alzheimer, et écarte d’autres causes comme des lésions vasculaires. Lorsque le doute persiste, une scintigraphie cérébrale peut évaluer l’état des neurones à dopamine, altérés dans la maladie de Parkinson et la maladie à corps de Lewy mais préservés dans la maladie d’Alzheimer. Les biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer peuvent être dosés dans le liquide céphalo-rachidien ou, en seconde intention, dans le sang avec le test pTau217, chez des personnes présentant déjà des troubles. Des tests capables de détecter l’alpha-synucléine anormale sont en cours de développement et relèvent encore surtout de la recherche. La Fondation soutient des travaux dans ce domaine, comme un projet consacré au diagnostic de la maladie à corps de Lewy.
Des traitements et un accompagnement différents
Pourquoi le diagnostic précis change la prise en charge
Dans la maladie de Parkinson, des médicaments qui compensent le manque de dopamine améliorent nettement les symptômes moteurs, souvent pendant de nombreuses années. Il n’existe pas d’équivalent pour la mémoire dans la maladie d’Alzheimer, dont la prise en charge repose sur l’accompagnement et les approches non médicamenteuses, les anticorps anti-amyloïdes restant limités en France au cadre de la recherche. Le diagnostic conditionne aussi la sécurité des prescriptions. Les personnes atteintes de maladie à corps de Lewy sont particulièrement sensibles aux neuroleptiques, parfois prescrits contre les hallucinations ou l’agitation, qui peuvent provoquer chez elles des réactions graves. Les traitements dopaminergiques peuvent de leur côté favoriser confusion et hallucinations, ce qui impose des ajustements par le neurologue.
L’accompagnement au quotidien
Les besoins diffèrent selon la maladie. Dans la maladie de Parkinson, la kinésithérapie et l’activité physique adaptée tiennent une place centrale pour préserver la mobilité et prévenir les chutes, et l’orthophonie aide pour la voix et la déglutition. Dans la maladie d’Alzheimer, l’accent est mis sur les repères, la stimulation des capacités préservées et la sécurité, avec l’aide des équipes spécialisées Alzheimer (ESA) à domicile. Lorsque troubles moteurs et cognitifs se combinent, ces approches s’additionnent. Les proches trouveront des ressources pertinentes auprès des associations de patients et d’aidants, des plateformes d’accompagnement et de répit et sur le site uniscontrealzheimer.fr. Alzheimer et Parkinson sont donc deux maladies distinctes par leurs mécanismes, leurs premiers signes et leurs traitements, reliées par des formes frontières qui expliquent les confusions : devant des symptômes qui s’installent, c’est le bilan réalisé en consultation mémoire ou par un neurologue qui permet de nommer la maladie et d’adapter la prise en charge.
Soutenir la recherche sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées
Comprendre pourquoi des protéines s’agrègent dans le cerveau est une question commune à ces maladies. Reconnue d’utilité publique et labellisée IDEAS, la Fondation Recherche Alzheimer finance des projets sélectionnés par un comité scientifique européen indépendant. Un don de 60 euros finance 60 minutes de recherche et ouvre droit à 66 % de réduction d’impôt sur le revenu, ou à 75 % au titre de l’IFI.




