L’essentiel à retenir
Le test des 5 mots, mis au point par le Professeur Bruno Dubois en 2002, évalue la mémoire épisodique verbale en cinq à dix minutes. Son principe repose sur l’indicage sémantique, qui permet de distinguer un défaut d’enregistrement de l’information d’une simple difficulté à la retrouver. Le score se compte sur 10 points, cinq attribués au rappel immédiat et cinq au rappel différé. Ce n’est pas un autotest et il ne pose aucun diagnostic à lui seul : il oriente vers un bilan approfondi.
Quand un proche oublie un rendez-vous ou le nom d’une personne qu’il connaît bien, une question se pose naturellement : s’agit-il d’un oubli ordinaire ou d’un signe qui mérite attention ? Le test des 5 mots a précisément été conçu pour aider les cliniciens à répondre à cette question en consultation courante, sans matériel particulier et en quelques minutes. Comprendre comment il fonctionne, ce que ses résultats signifient et ce qu’il ne permet pas de conclure est utile à toute personne qui s’interroge sur sa mémoire ou celle d’un proche.
Sommaire
1. Ce que le test des 5 mots cherche à mesurer
Pour comprendre l’intérêt de ce test, il faut d’abord saisir quelle fonction de la mémoire il cible et pourquoi cette fonction est particulièrement pertinente dans le repérage de la maladie d’Alzheimer.
La mémoire épisodique verbale, première fonction touchée
La mémoire épisodique est celle qui enregistre les événements vécus avec leur contexte : ce que vous avez fait la veille, avec qui, dans quelles circonstances. C’est elle qui constitue le fil de votre histoire personnelle, et c’est aussi la première fonction touchée dans la forme la plus fréquente de la maladie d’Alzheimer. Le test l’explore dans sa dimension verbale, à travers une liste de mots, ce qui présente un double avantage : il ne demande ni matériel ni conditions particulières, et il cible justement la fonction qui se dégrade en premier lorsque l’hippocampe est atteint. L’hippocampe est la structure cérébrale centrale pour la formation de nouveaux souvenirs, et sa vulnérabilité précoce dans la maladie d’Alzheimer en fait une cible d’évaluation particulièrement pertinente.
Distinguer l’encodage de la récupération : l’originalité du test
Lorsque vous ne retrouvez pas un mot, deux explications sont possibles. Soit l’information a bien été enregistrée mais vous n’arrivez pas à y accéder, ce qui arrive avec la fatigue, le stress ou l’inattention. Soit elle n’a jamais été correctement enregistrée, et dans ce cas aucun effort ne la fera revenir. L’indicage sémantique tranche entre ces deux hypothèses : si l’examinateur vous donne la catégorie du mot oublié, par exemple « un fruit » ou « un métier », et que le mot revient, l’information était stockée. Si l’indice ne produit aucun effet, cela oriente vers un défaut d’enregistrement, qui est la signature d’une atteinte hippocampique. C’est cette distinction qui rend le test supérieur à un simple exercice de mémorisation.
Un oubli qui se corrige avec un indice sémantique évoque une difficulté d’accès à l’information, compatible avec la fatigue ou l’anxiété. Un oubli qui persiste malgré l’indice oriente vers un défaut d’enregistrement, plus préoccupant sur le plan clinique.
Cette logique clinique, simple en apparence, repose sur une compréhension précise du fonctionnement mémoriel et de ses altérations dans les maladies neurodégénératives.
2. Le déroulement du test des 5 mots, étape par étape
L’ensemble prend entre cinq et dix minutes, sans matériel particulier. Chaque étape a une fonction précise et ne peut être omise sans compromettre la validité du résultat.
L’apprentissage et le contrôle de l’encodage
Le praticien présente une liste de cinq mots appartenant chacun à une catégorie différente. Il demande de les lire à voix haute, puis de désigner chaque mot à partir de sa catégorie, en gardant la liste sous les yeux. Cette étape n’est pas un test : c’est un dispositif qui force un traitement sémantique de l’information, garantissant que l’encodage a bien été tenté dans de bonnes conditions. La liste est ensuite retirée et l’on demande de restituer les cinq mots. Si la restitution est incomplète, l’examinateur reprend l’apprentissage. Cette vérification est indispensable : sans elle, on ne pourrait pas savoir si un échec ultérieur traduit un problème de mémoire ou simplement un apprentissage insuffisant.
La distraction, puis le rappel différé
Une tâche sans rapport est ensuite proposée pendant trois à cinq minutes, souvent un petit exercice d’attention ou de calcul. Son rôle est de vider la mémoire de travail, cette mémoire très courte qui permet de garder quelques secondes une information en tête sans l’avoir réellement mémorisée. Sans cette étape, on mesurerait autre chose que ce que l’on cherche. Vient ensuite le rappel différé : on demande de restituer les cinq mots, d’abord spontanément, puis avec l’aide des catégories pour ceux qui manquent. C’est cette phase qui apporte l’essentiel de l’information clinique, car elle révèle à la fois la qualité de la mémorisation et la réponse à l’indicage.
- Apprentissage guidé : lecture des cinq mots avec désignation par catégorie, liste sous les yeux
- Vérification immédiate : restitution des mots sans la liste, reprise si nécessaire
- Tâche de distraction : exercice sans rapport pendant trois à cinq minutes pour vider la mémoire de travail
- Rappel différé : restitution spontanée, puis avec indices sémantiques pour les mots manquants
Cette séquence rigoureuse est ce qui distingue le test des 5 mots d’un simple exercice de mémorisation et lui confère sa valeur clinique.
3. Comment interpréter les résultats du test des 5 mots
Le score brut n’est pas le seul élément à considérer. L’analyse qualitative des erreurs apporte souvent autant d’information que le chiffre lui-même.
Le score sur 10 et les seuils cliniques
Chaque mot correctement rappelé vaut un point, qu’il ait été retrouvé spontanément ou grâce à l’indice. Cinq points sont attribués au rappel immédiat et cinq au rappel différé, soit un total de 10. Dans l’étude originale du Professeur Dubois, un score total inférieur à 10 repérait la maladie d’Alzheimer avec une sensibilité d’environ 90 % et une spécificité proche de 87 %. En pratique clinique, un score de 8 ou moins est généralement considéré comme évocateur d’un trouble mnésique justifiant des investigations, et un score de 6 ou moins oriente fortement vers une atteinte de type hippocampique. Certains auteurs proposent également un score pondéré sur 20 points, qui donne davantage de poids aux rappels spontanés qu’aux rappels obtenus avec indice.
Ce que l’analyse qualitative révèle
Au-delà du chiffre, l’examinateur observe la nature des erreurs. Les intrusions, c’est-à-dire les mots cités par la personne alors qu’ils ne figuraient pas dans la liste, sont rares chez les sujets sans trouble et plus fréquentes en cas d’atteinte cognitive : leur simple présence est considérée comme un signe justifiant d’approfondir. Mais l’élément le plus déterminant reste la réponse à l’indicage. Un oubli qui se corrige avec un indice évoque plutôt une difficulté d’accès, compatible avec la fatigue, l’anxiété ou une dépression. Un oubli qui persiste malgré l’indice oriente vers un défaut d’enregistrement, plus préoccupant sur le plan clinique.
| Test | Ce qu’il explore | Durée | Contexte d’utilisation |
|---|---|---|---|
| Test des 5 mots | Mémoire épisodique verbale | 5 à 10 minutes | Repérage en consultation courante |
| MMSE | Fonctions cognitives globales | Environ 10 minutes | Évaluation globale, suivi |
| Test de l’horloge | Capacités visuo-spatiales et planification | Quelques minutes | Complément, formes atypiques |
Ces trois outils sont complémentaires et ne mesurent pas la même chose : le choix dépend de ce que le médecin cherche à explorer, et aucun ne remplace un bilan neuropsychologique complet.
4. Limites du test et place dans le parcours de soin
Un outil de repérage n’est utile que si l’on sait ce qu’il ne fait pas. Le test des 5 mots a plusieurs limites documentées, et sa valeur dépend entièrement du contexte dans lequel il est utilisé.
Ce que le test ne peut pas faire
Le test suppose un examinateur formé, qui contrôle l’encodage, gère la tâche de distraction et administre les indices au bon moment. Réalisé seul, chez soi, il perd sa validité, et un mauvais résultat obtenu dans ces conditions n’a aucune signification clinique. Par ailleurs, le test ne mesure que la mémoire épisodique verbale : il peut rester normal dans des maladies neurodégénératives où la mémoire est préservée au stade précoce, ou dans les formes atypiques de la maladie d’Alzheimer qui débutent par des troubles du langage, de l’organisation ou de la perception de l’espace. Un score de 10 sur 10 n’écarte donc pas tout. Sa fiabilité est par ailleurs discutée chez les personnes de plus de 80 ans, et certains travaux le décrivent comme plus spécifique que sensible, c’est-à-dire meilleur pour confirmer un trouble organique que pour le détecter dans toutes les situations. Enfin, répéter le test avec la même liste fausse les résultats : différentes versions existent pour permettre un suivi dans le temps.
Sa place dans le parcours diagnostique
Le test des 5 mots est un point de départ, jamais un point d’arrivée. Il peut être réalisé par un médecin traitant qui suspecte un trouble de la mémoire, ou en consultation mémoire au sein d’une batterie plus large. Si le repérage est anormal, l’orientation se fait vers une consultation mémoire ou un centre mémoire de ressources et de recherche (CMRR). Un bilan neuropsychologique complet explore alors l’ensemble des fonctions cognitives, une IRM cérébrale recherche une atrophie et écarte d’autres causes, et des biomarqueurs peuvent être dosés. Le dosage sanguin de la protéine tau phosphorylée en position 217 (pTau217) est désormais disponible dans certains centres mémoire hospitaliers et laboratoires de ville : prescrit en seconde intention chez des personnes présentant déjà des troubles cognitifs, il évite parfois des examens plus invasifs comme la ponction lombaire. Il ne s’agit pas d’un test de dépistage et il n’a pas d’intérêt validé chez une personne sans symptôme. Pour en savoir plus sur l’ensemble du parcours, consultez notre page sur le diagnostic de la maladie d’Alzheimer.
Le test des 5 mots a été conçu par le Professeur Bruno Dubois, neurologue et cofondateur de la Fondation Recherche Alzheimer avec le Docteur Olivier de Ladoucette. La Fondation est exclusivement dédiée au financement de la recherche scientifique ainsi qu’à l’information du public, et a engagé 30 millions d’euros depuis 2004, notamment autour du diagnostic précoce et des biomarqueurs. Ses projets sont sélectionnés par un comité scientifique européen indépendant, et elle est reconnue d’utilité publique depuis 2016, labellisée IDEAS depuis 2024. Si vous souhaitez vous interroger sur votre propre mémoire dans un cadre adapté, notre page tester sa mémoire propose des ressources conçues à cet effet. Mieux repérer et mieux accompagner est indispensable aujourd’hui, mais faire en sorte qu’il n’y ait plus besoin d’accompagner est l’objectif ultime de la Fondation. Un don de 60 euros finance 60 minutes de recherche, avec 66 % de réduction d’impôt sur le revenu, ou 75 % au titre de l’IFI.




