Sexe et Alzheimer : pourquoi les femmes sont-elles plus exposées ?

22 avril 2022

Aujourd’hui 1 000 000 de personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer en France, et c’est la quatrième cause de mortalité dans le pays. Parmi ces malades, 60% sont des femmes, une tendance également observée partout dans le monde. Ainsi les femmes ont environ deux fois plus de risques de développer la maladie au cours de leur vie (Nebel RA, Aggarwal NT, Barnes LL, et al. Understanding the impact of sex and gender in Alzheimer’s disease: A call to action. Alzheimers Dement. 2018;14:1171–1183).

Longtemps, seule la différence de longévité entre les femmes et les hommes était évoquée pour expliquer ce phénomène. En France, les femmes vivent six ans de plus en moyenne.

Depuis 2018, une analyse scientifique plus sérieuse par sexe a été réalisée, notamment par l’organisation internationale Women’s Brain Project (WBP) dont les travaux sont parus dans la revue spécialisée Nature et ont mis en avant d’autres facteurs.

La dépression en est un : cette maladie est corrélée à Alzheimer or les femmes y sont plus exposées. En effet, en France, pour deux hommes touchés par un épisode dépressif, il y a entre 3 à 4 femmes.

Autre piste : la progression plus rapide de la maladie chez les femmes s’expliquerait notamment par la chute des taux d’œstrogènes à la ménopause et la perte de leurs effets protecteurs sur le cerveau. Celui-ci se trouverait plus vulnérable que celui des hommes aux maladies neurodégénératives.

Les chercheuses du WBP soulignent par ailleurs que les études cliniques n’incluent pas assez de femmes.

En l’absence de traitement efficace, la prévention de la maladie d’Alzheimer est un enjeu de santé publique important. La meilleure prise en compte des facteurs de risques plus spécifiques par sexe est donc une piste majeure pour faire progresser la prévention de la maladie. Il est notable que, pour des raisons méthodologiques, la recherche de facteurs génétiques a jusque là exclu le chromosome X. Il y a donc là tout un champ qui reste à explorer.

Enfin, en matière de prévention, il a été montré que l’éducation est un facteur clé connu de la réserve cognitive souligne le Dr Raffaela Migliaccio (Stern Y. Cognitive reserve in ageing and Alzheimer’s disease. Lancet Neurol. 2012;11:1006–1012). Aussi le niveau d’éducation des femmes des nouvelles générations ayant rattrapé celui des hommes dans les pays développés, le différentiel observé devrait en partie s’atténuer dans les prochaines décennies.